Condamnation de l’offensive militaire turque en Syrie

Condamnation de l’offensive militaire turque en Syrie

Condamnation de l’offensive militaire turque en Syrie

Mercredi 30 octobre, à l'initiative de la Présidente de la commission des affaires étrangères Marielle de Sarnez, l'Assemblée nationale examine une proposition de résolution visant à condamner l'offensive militaire turque en Syrie.

Retrouvez l'interview de Marielle de Sarnez en suivant ce lien

Intervention de Patrick Mignola, président du groupe

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Seul le prononcé fait foi, M. le Président, M. le Ministre, Mesdames les présidentes, chers collègues, Nous avions vaincu militairement et territorialement Daech. Ses djihadistes étaient emprisonnés. Les communautés du Nord-Est syriens pouvaient commencer à construire un avenir, pour le territoire que l’Histoire leur a laissé en partage. Près de cent ans après les traités de Sèvres puis de Lausanne, nous pouvions espérer que cette Région du monde au prix d’immenses efforts qui restaient à accomplir, s’éloigne enfin des tensions entre les communautés, et des conflits entre les territoires, qui avaient mis à mal ses populations et avaient régulièrement déstabilisé l’ordre international. Un nouveau revirement unilatéral des États-Unis, dont les dirigeants turcs ont immédiatement profité pour lancer une agression militaire, a au contraire provoqué un nouveau hoquet de l’Histoire, annihilant une fois encore, l’espoir d’échapper à sa fatalité. Il nous revient ici d’en faire une condamnation immédiate et sans réserve. Et aussi d’assumer les conséquences à en tirer pour que soient défendus la vision, les positions et les intérêts de la France : – sur son territoire, où elle ne peut prendre le risque de voir arriver de nouveaux terroristes, – dans cette région, où la loi du plus fort ne doit pas redevenir la règle cruelle et stérile – dans un monde que les autres puissances ne veulent plus gérer qu’en fonction de leurs intérêts égoïstes ou régionaux Tel est le message de la France, tel est le message que doit porter l’Europe. Ce drame terrible doit nous rendre la lucidité. Il n’est pas tolérable que les valeurs fondamentales que notre continent porte, soient foulées au pied, que les droits humains soient bafoués, que nos alliés des Forces Démocratiques syriennes voient les armes se retourner contre eux, que les populations soient déplacées, provoquant une nouvelle catastrophe humanitaire qui s’apparente à un nettoyage ethnique. Et il est insupportable que la France, qui porte une vision originale de cette région du monde, celle de la cohabitation pacifique des peuples, des cultures, des ethnies et des religions, ne puisse le faire avec la démultiplication continentale de son message. Tous ceux qui par calcul ou par inconséquence, veulent sortir de l’Europe ou en construire une autre sans trop qu’on sache laquelle, doivent en ces moments se ressaisir. Quand nous voyons le monde à nouveau basculer, nous avons au contraire besoin d’une puissance politique européenne. Majeure économiquement, elle peut sanctionner financièrement. Et elle le doit si les agressions et les risques perdurent. Mais mineure politiquement elle doit enfin reprendre en mains son destin. Celui d’une puissance qui peut dire à la Turquie, pour toute l’amitié qu’elle porte au peuple turc mais toute la méfiance que peuvent inspirer les décisions cyniques de ses dirigeants, que l’Union Européenne ne peut se montrer ouverte à une adhésion de pays qui ne partagent pas ses principes. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, ce n’est pas la force des peuples à disposer des autres ! Une puissance européenne qui sait aussi protéger ses frontières extérieures et se montrer pour cela solidaire de ses pays frontaliers – soyons aux côtés de la Bulgarie ou la Grèce, qui subissent et subiront aussi des exodes. Une puissance qui doit devenir enfin militaire – faisons l’Europe de la Défense ! Si nous ne la faisons pas maintenant, quand tous les risques sont à nos portes, et que jamais le monde n’a été aussi dangereux, quand la ferons-nous ? Nous ne pouvons pas lutter contre la loi des plus forts si nous ne sommes pas forts nous-mêmes. Donnons-nous les moyens d’une puissance qui porte un message universel et pas seulement celui d’intérêts momentanés et localisés. Puisque l’OTAN peut devenir en un tweet le bras désarmé d’un multilatéralisme abandonné par l’Amérique, qui ne se voit plus que comme une puissance régionale – ce n’est même plus America First, c’est America Selfish, ou Unconcerned – nous devons assumer une alternative européenne forte, diplomatique et militaire. C’est en ce sens que l’initiative de la présidente de la commission des affaires étrangères, Marielle de Sarnez, de réunir ses homologues européens autour d’une condamnation commune, est salutaire. Et c’est, M. le Ministre, ce que le groupe du Mouvement Démocrate – mais je crois, ce que tous les démocrates ici réunis – attendent du gouvernement. Condamnez ici, agissez là-bas, et préparez l’Europe à redevenir une puissance de stabilisation du monde. Vous nous trouverez à vos côtés.

Intervention de Marielle de Sarnez, présidente de la commission des affaires étrangères

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Seul le prononcé fait foi, Pour la première fois dans l’histoire de notre Assemblée, l’ensemble des présidents de groupe porte ensemble une déclaration politique commune. Je veux les en remercier. Ce geste rare et solennel d’unité de notre parlement a valeur de symbole. Les opérations militaires turques dans le Nord Est syrien bafouent des valeurs fondamentales et des intérêts vitaux qui doivent être défendus. À cette heure, nous déplorons plusieurs centaines de morts, près de 300 000 personnes sur les routes de l’exil, des exactions insoutenables que continuent de perpétrer sur le terrain les supplétifs de l’armée turque. Grâce au sacrifice des Forces Démocratiques syriennes qui avaient combattu Daech en notre nom, le Nord Est syrien était devenu un espace de stabilité au sein duquel les différentes populations locales construisaient un début de dialogue, démocratique et égalitaire, tranchant avec l’obscurantisme dans la région. Le chemin était encore long mais ces évolutions étaient prometteuses pour l’avenir de la Syrie dans son ensemble. Le Nord Est syrien donnait à voir ce à quoi le pays aurait pu aspirer à devenir : une Syrie décentralisée, inclusive et respectueuse des minorités. L’offensive turque contre les Kurdes et leurs alliés arabes et chrétiens, rendue possible par le lâchage américain, constitue une rupture de confiance. Cette grave situation nous pousse à nous interroger sur l’avenir de nos alliances – au sein de la coalition internationale contre Daech mais également au sein de l’OTAN – et révèle une fois de plus, face à l’inconséquence des décisions américaines, l’impérieuse nécessité pour la France et pour l’Europe de se doter, dans les plus brefs délais, d’une véritable autonomie de pensée et d’action. De cette situation dramatique doit émerger un sursaut. Notre crédibilité est en jeu. Notre silence et notre inaction constituent des encouragements à nuire. Face à l’hégémonisme du président Erdo?an, il n’y a qu’un seul chemin à tenir : celui de la fermeté. Ne nous y trompons pas, la mort d’Al Baghdadi, ne signifie pas la fin de notre combat contre le terrorisme international et contre Daech en particulier. L’organisation terroriste n’a pas été vaincue. Elle a été défaite territorialement grâce à l’appui et au sacrifice des Forces démocratiques syriennes, mais l’idéologie est toujours là, et les cellules clandestines de Daech sont nombreuses et représentent plus que jamais une menace pour la sécurité au Moyen Orient et en Europe. Le chaos provoqué par les opérations turques favorise la résurgence de Daech, augmente considérablement le risque de dispersion des combattants terroristes étrangers actuellement détenus dans le Nord Est syrien. Aujourd’hui, un nouvel équilibre des forces se dessine sur le terrain entre la Russie, la Turquie, l’Iran, et le régime de Damas. Afin de continuer à peser, voire même simplement d’exister au Levant, il nous faut, sans plus attendre, repenser notre action collective contre Daech, rebâtir une coalition solide et solidaire à même de mener loyalement le combat au long cours contre le terrorisme. Face à la catastrophe humanitaire qui s’aggrave d’heure en heure, nous condamnons la stratégie d’Ankara de relocalisation forcée de milliers de réfugiés avec pour seul objectif de changer durablement la composition ethnique du Nord Est syrien. Une telle opération visant à chasser les nombreuses minorités présentes, kurdes, chrétiennes, syriaques, yézidies ne pourrait qu’engendrer de nouveaux conflits. Aucune démocratie ne doit l’accepter. Monsieur le Ministre, nos condamnations unanimes de ce jour doivent impérativement se traduire en actions fermes et résolues. De notre détermination à agir pour stabiliser le Nord Est syrien, – et plus globalement le Moyen Orient actuellement exposé à de nombreuses secousses d’Irak au Liban – dépendra une part de la stabilité du monde. Ainsi, au moment où cette région bascule dans la violence, dans l’injustice et dans le risque, il est juste et nécessaire que nous appelions la France et l’Europe à être à la hauteur de l’Histoire. Je vous remercie.

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