Débat sur l'évolution de la situation sanitaire - Patrick Mignola

Débat sur l'évolution de la situation sanitaire - Patrick Mignola

Débat sur l’évolution de la situation sanitaire – Patrick Mignola

Jeudi matin, le Premier ministre Jean Castex a prononcé une déclaration devant la représentation nationale afin de détailler les mesures annoncées par le Président de la République concernant l'évolution de la situation sanitaire. Ce discours a été suivi par un débat entre les parlementaires sur la base de l'article 50-1 de la Constitution, durant lequel Patrick Mignola, président du groupe MoDem et démocrates apparentés est intervenu.

Retrouvez ci-dessous son intervention :

Monsieur le Président,

Monsieur le Premier ministre,

Messieurs les ministres,

Chers collègues,

Presqu’au terme de cette matinée, au moment où nous rentrons dans cette période décisive, celle où nous devons prolonger encore les efforts et les persévérances collectives, nous devons nous rappeler que c’est aussi un moment, une période, où des familles sont en deuil, où de nombreuses autres sont dans l’inquiétude. Et je crois que le temps, sans porter de jugements sur les uns et les autres, est probablement un peu plus à la gravité dans la tonalité de nos propos que nombre d’entre ceux que j’ai pu entendre, et au fond, il faut choisir la politique plutôt que la polémique et la responsabilité plutôt que la théâtralité. 

Le groupe que j’ai l’honneur de présider, dans ce moment décisif que nous vivons, vous dira pourquoi nous allons soutenir les mesures que vous avez présentées, va formuler des propositions pour rendre le mois qui vient, les semaines qui viennent, utiles et justes et je vais m’efforcer de dessiner quelques chemins d’avenir.

Je reviens d’un mot sur la question institutionnelle, puisque nombre d’entre nous, parmi les oppositions, ont annoncé ne pas vouloir participer à ce scrutin. J’ai l’honneur de présider un groupe qui est très attaché à la séparation des pouvoirs et à leur équilibre et je crois que nous sommes exactement dans ce que prévoit la constitution du Général de Gaulle, c’est-à-dire qu’il y a un Gouvernement qui décide, qui présente des mesures, qui fait face à la crise, et un Parlement qu’on interroge, qui doit discuter, qui doit commenter, qui doit donner son avis, qui doit formuler des propositions et qui doit à la fin adopter ou rejeter.

Et je crois que nous faisons face à un faux procès et peut être même une petite habilité de la part des oppositions qui ne voudraient pas, dans les temps que nous vivons, étaler leurs divisions entre ceux qui sont systématiquement opposés et ceux qui auraient pu être pragmatiquement constructifs. Je dis que quand on est en responsabilité, on vote, on choisit et on vote, et je mets au défi les oppositions dans cet hémicycle, vous avez été élus pour voter et pas pour déserter, surtout dans les temps que nous vivons.

En tout cas, nous voterons. Et nous voterons en faveur de ces mesures et je vais vous dire pourquoi. Parce que ces mesures sont claires et parce qu’elles arrivent au bon moment. D’abord, elles sont claires, elles tiennent en deux phrases. Pour protéger nos anciens, dans le mois qui vient, on va s’occuper de nos enfants. Vous pouvez tout dire, mes chers collègues, à droite, plutôt qu’à gauche d’ailleurs, où ils sont plus calmes, tout dire mes chers collègues, mais pensez juste aux Français qui aujourd’hui sont dans l’inquiétude ! Juste ça ! Arrêtons de donner une image indigne de la représentation nationale ! Indigne de la politique ! Mettons-nous au niveau ! Soyons là où les Français nous attendent ! Nous pouvons être en désaccord, vous avez renoncé à l’union nationale, très bien ! Soyons en désaccord, assumons ces désaccords, mais ne désertons pas la responsabilité, et surtout cessons d’étaler ces mots, ces violences ! Nous, en tout cas, dans cette majorité, nous choisissons de dire pour les semaines que nous allons vivre, que les mesures sont claires, qu’elles sont carrées, qu’elles sont courageuses et qu’elles arrivent, comme l’a dit, d’ailleurs, ce matin la Présidente de la région Île-de-France sur les antennes, le Président de la République a eu raison de ne pas confiner en février. Ces mesures supplémentaires de freinage arrivent au bon moment.

Et s’il en fallait une preuve, parce qu’on peut prétendre, à la tribune de l’Assemblée nationale, mais il faut apporter des preuves ! S’il en fallait une preuve, j’ai peut-être un tropisme savoyard, mais regardons nos voisins transalpins, qui le jour-même où le Président de la République en France a choisi de ne pas reconfiner, ont choisi eux de confiner, ont ensuite rouvert, et dans la semaine où nous décidons de mesures supplémentaires, ont pris exactement les mêmes mesures. Donc, oui, ce temps a bien été un temps de liberté gagnée, d’apprentissage supplémentaire. Et il faut le reconnaître, nous pouvons être fiers d’avoir fait confiance à nos concitoyens. Parce que si nous n’avions pas fait confiance à nos concitoyens, quelle aurait été l’alternative ? L’infantilisation. Et plutôt qu’infantiliser nos concitoyens, nous avons choisi la responsabilité et la confiance.

Alors comment rendre la plus utile et la plus juste possible la période qui s’ouvre ?

Nous formulons d’abord une première proposition parce que, évidemment que nous allons rentrer dans un temps où tous qui peuvent télétravailler peuvent le faire. On doit se l’imposer et je veux saluer ici à l’Assemblée nationale le travail qui sous l’impulsion du Président Ferrand avait été confié à notre collègue Waserman que nous avons adopté à l’unanimité, pour que nous puissions, nous aussi, dématérialiser notre travail. Mais tout le monde ne peut pas télétravailler.

Il y a des Français plus exposés que d’autres. Et il y a un an, ces Français-là, de « 1ère ligne », de « 2e ligne », nous leur adressions des applaudissements. Je pense qu’il faut aller aujourd’hui au-delà des applaudissements et dans les remerciements, des remerciements plus sonnants et trébuchants, des gratifications. Et, au fond, à travers des primes, à travers la bonification du compte-épargne temps ou des comptes épargne retraite, Monsieur le Premier Ministre, je crois que dans le secteur public, en partenariat avec les collectivités territoriales qui souvent, au printemps et à l’été dernier, avaient choisi de procéder à ces gratifications, mais également dans le secteur privé grâce à la prime Macron que nous avons remise en œuvre, que nous avons prolongée, je pense qu’il est important, puisque nous savons aujourd’hui qu’à travers les documents uniques, à travers les critères de pénibilité, ceux qui sont les plus exposés, je crois que, dans le temps qui vient, nous devons les saluer, les accompagner et les récompenser. C’est une première proposition.

Du point de vue de la vaccination, d’ailleurs, vous avez bien fait de choisir de travailler dans l’ordre. En fixant des priorités. Et d’ailleurs, monsieur le Ministre de la Santé, c’est la raison pour laquelle, aujourd’hui, on voit bien qu’il y a moins de tension et moins d’entrées dans les services de réanimation pour les plus âgés, dans notre pays et pour les plus fragiles, et pour les plus « comorbides ».

Adoptons la même démarche de priorisation pour que les Français les plus exposés, je pense à un certain nombre de personnels du public, aux enseignants évidemment, à celles et ceux dont nous avions observé le travail et le courage quand ils travaillaient en deuxième ligne au printemps dernier, pour que ceux-ci, lorsque l’âge sera venu, soient prioritaires à la vaccination.Il faut que l’esprit de justice continue d’accompagner cette stratégie vaccinale. Et puis, parmi ces Français les plus exposés, il y aura aussi les assesseurs, puisque, vous nous demanderez sans doute au début du mois de juin prochain, de prolonger l’état d’urgence sanitaire, comme nous l’avions réclamé d’ailleurs, que nous soyons régulièrement interrogés sur la prolongation de cet état d’urgence et compte tenu de la situation il sera nécessaire de le voter.

Mais, prolongeons l’état d’urgence au début du mois de juin, les élections devant se tenir le 13 et 20 juin suivant, il convient, je crois, que nous interrogions les maires. Parce que ce ne sont pas seulement les grands élus qui doivent décider, nous avons pris connaissance évidemment avec attention du rapport du conseil scientifique qui ne nous a pas enfermés dans la témérité de ses préconisations, mais qui en revanche, nous a plutôt impressionnés par la densité des conditions préalables à la tenue des élections. Si les élections doivent donc se tenir en juin sous la pression d’un certain nombre de présidents de région qui voudraient expédier le sujet pour passer à autre chose, on le regrette beaucoup parce que les élections locales sont des élections importantes, pour nous qui avons été longtemps élus locaux, dans les temps qui viennent, nous avons besoin des régions sur le plan économique, sur le plan de l’aménagement du territoire, sur le plan de l’urgence climatique, et je ne crois pas qu’il faudrait expédier ce scrutin.

Mais, si tel devait être le cas, alors consultez les maires. On ne peut pas être dans une vie politique où tous groupes et tous bancs confondus, on répète le mot territoire toutes les deux phrases et ne pas les interroger lorsqu’ils seront eux aussi en première ligne.  Ce sont eux, ce ne sont pas nous qui allons décider la tenue des élections, il s’agit d’un double scrutin, il faudra vacciner les assesseurs. Au fond, si à la fin nous prenions la décision de mettre ces élections à octobre plutôt qu’à juin, la démocratie française n’en serait pas déstabilisée et nous ne mettrions pas en compétition des Français les uns avec les autres dans la stratégie vaccinale.

Alors, Monsieur le Premier ministre et chers collègues, il nous reste quelques semaines pour travailler, pour permettre aux Françaises et aux Français de retrouver d’ici le mois de mai, d’ici le mois de juin, d’ici cet été, une vie d’après qui ne sera pas tout à fait celle d’avant où de nouvelles solidarités se seront construites, moi je pense, nous pensons avec le groupe Démocrate, que la vie d’après ce sera la vie d’avant, mais en un peu mieux.

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