"Droit voisin, un sujet de vie ou de mort pour la presse" : interview de Patrick Mignola dans Le Parisien

"Droit voisin, un sujet de vie ou de mort pour la presse" : interview de Patrick Mignola dans Le Parisien

« Droit voisin, un sujet de vie ou de mort pour la presse » : interview de Patrick Mignola dans Le Parisien

À deux jours d'un vote du Parlement européen, Patrick Mignola, auteur d'une proposition de loi visant à établir un droit voisin au profit des éditeurs de presse en ligne et des agences de presse, fait part de sa détermination à œuvrer pour ce combat, "sujet de vie ou de mort pour l'information".

Retrouvez également cet entretien sur le site du Parisien.

Dans quel état d’esprit êtes-vous avant le vote mercredi au Parlement européen ?

C’est le vote de la deuxième chance. S’il est négatif, on continuera. Il faut que Facebook et Google se disent qu’on ne les lâchera pas. Il faut que l’Europe joue à nouveau son rôle, elle peut montrer son utilité par sa puissance. J’attends de tous les candidats aux élections européennes de juin prochain qu’ils s’engagent sur ce sujet.

Pourquoi à l’ère du numérique vous battre pour un « droit voisin » ?

Parce que c’est un droit économique. Les recettes publicitaires liées à la presse en ligne représentent trois milliards d’euros par an. 98 % de ces recettes sont captées par les GAFA, Google et Facebook en particulier. C’est comme si, en buvant un bon vin, le consommateur payait le fabricant de tonneaux plutôt que le vigneron ! Google et Facebook n’ont aucun journaliste. Mais c’est le travail des journalistes rémunérés par leurs journaux qui produit une majeure partie de leur chiffre d’affaires.

Qu’est-ce qui bute aujourd’hui ?

C’est le point financier. Pour effectuer le métier de reporter de guerre à l’étranger, il faut qu’un journal paye son envoyé spécial, un interprète, des frais de déplacement et d’hébergement, un satellite pour faire remonter les reportages… C’est beaucoup d’argent et c’est la presse qui l’investit. Puis le résultat est récupéré par Google et Facebook. Ces géants du Net ont permis une très large diffusion de la presse, les consommateurs en profitent et c’est formidable. Mais ils captent toute la publicité qui accompagne cette diffusion sur le Net. En France, un tiers des agences de presse a disparu en dix ans. C’est un sujet de vie ou de mort pour la presse. Et c’est la responsabilité du Parlement européen : sauver la liberté de la presse ou la condamner à mort.

Comment pouvez-vous peser face aux GAFA ?

Par la puissance politique. Technologiquement et financièrement, vous ne pouvez pas lutter contre eux. Mais il faut être capable à l’échelle de l’Europe de les toucher là où ça fait mal : au portefeuille. Ils savent qu’ils devront accepter de rémunérer la presse. Ils veulent juste gagner du temps. Leur argument est de dire que cela rendrait l’Internet payant. C’est absurde. On est tous attaché à l’Internet libre et gratuit ! Internet est gratuit parce que vous le payez déjà : Google et Facebook vendent votre profil à des plateformes commerciales. Il faut arrêter le gavage et passer au partage.

A deux jours du vote, êtes-vous optimiste ?

Je suis sûr que les députés européens sont des démocrates attachés à la liberté de la presse et à son équilibre économique. S’ils ne votent pas clairement en faveur de ce droit, ils auront été complices du lobbying largement rémunéré de Google et Facebook. Pour moi, un parlementaire n’a pas à être un porte-parole des lobbys. Il faut prendre l’opinion à témoin.

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