"Epouvanté par un retour aux années 30", grand entretien de Jean-Louis Bourlanges dans La Voix du Nord

"Epouvanté par un retour aux années 30", grand entretien de Jean-Louis Bourlanges dans La Voix du Nord

« Epouvanté par un retour aux années 30 », grand entretien de Jean-Louis Bourlanges dans La Voix du Nord

Retrouvez l'entretien de Jean-Louis Bourlanges, député des Hauts-de-Seine, dans La Voix du Nord.

Sciences Po, l’ENA et l’agrégation de lettres, Jean-Louis Bourlanges complète son intellectualisme par un engagement, puisqu’il est député MoDem. Un an après la présidentielle et un an avant les européennes, il évoque Macron le président et Macron l’Européen, et ses propres espoirs et « épouvantes ».

Le clivage gauche - droite existe toujours mais les partis qui l’incarnent et qui peuvent prétendre à gouverner, Parti socialiste et Les Républicains, sont mal en point. Emmanuel Macron a-t-il découvert cette troisième voie introuvable sous la Ve République ?

La majorité actuelle, constituée autour du centre gauche, du centre droit, et de la gauche modérée, est politiquement cohérente. Les tenants de ces sensibilités sont acquis à l’économie de marché, à la construction de l’Europe, à un haut niveau de protection sociale. En revanche, à gauche et à droite, l’unité n’existe plus. Entre le libéralisme d’une grande partie de la droite et le souverainisme identitaire et protectionniste du Front national, il y a un fossé. Comme à gauche, entre les réformistes et une gauche protestataire et volontiers subversive que représente Jean-Luc Mélenchon. La nouvelle majorité exprime donc les vrais clivages de la société française, entre
les partisans d’une société ouverte, respectueuse des droits, soucieuse de compromis, européenne, et des mouvements protestataires, autoritaires, souverainistes, protectionnistes et nationalistes. Pour autant, le clivage droite - gauche n’a pas disparu, mais il est second.

Emmanuel Macron occupe aujourd’hui une large position centrale. Est-il pour autant un pur centriste ?

Il y a trois ingrédients dans la personnalité politique de Macron. Un ingrédient centriste, un ingrédient bonapartiste et un ingrédient libéral. La force de Macron, c’est d’avoir incarné simultanément ces trois familles. Et son risque serait de sacrifier cet équilibre initial.

Or, il bloque sur les relations institutionnelles. Et il ne faudrait pas que la réforme constitutionnelle à venir se manifeste par un recul du pouvoir parlementaire, très décrié par beaucoup de nos concitoyens mais essentielle à la démocratie.On attend de lui à la fois la restauration de l’autorité et l’invention d’un nouvel équilibre avec les assemblées et les collectivités territoriales. De ce pont de vue, la réforme institutionnelle sera décisive.

Dire qu’elle sera décisive, est-ce une façon pour le député MoDem que vous êtes de peser sur l’issue de ces réformes, ou bien de dire que vous êtes pessimiste ?

Je suis inquiet. Les mesures proposées, sans être scandaleuses, sont toutes des mesures de méfiance à l’égard des élus. Alors que si vous donnez des responsabilités nouvelles aux élus, ils redeviendront populaires. Mais, au-delà de ces questions institutionnelles, la vraie difficulté, pour Emmanuel Macron comme pour tous, c’est la grande fragmentation de la société française et de toute la société européenne. Le vrai problème, c’est de donner une feuille de route commune à cette société éclatée.

JEAN-LOUIS BOURLANGES EN QUELQUES LIGNES

Sa grande affaire aura été l’Europe. JeanLouis Bourlanges fut élu député européen plusieurs fois sur des listes centristes. Il est un des meilleurs connaisseurs des arcanes européens. Il abandonne le parlement de Strasbourg en décembre 2007. À ses mandats, l’enseignement, la Cour des comptes, il ajoute les commentaires sur la vie politique, aujourd’hui dans le cadre du «Nouvel esprit public».

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