Interdiction de la pêche électrique : "Une opportunité pour l'UE d'assumer son rôle de leader dans la lutte contre le changement climatique"

Interdiction de la pêche électrique : "Une opportunité pour l'UE d'assumer son rôle de leader dans la lutte contre le changement climatique"

Interdiction de la pêche électrique : « Une opportunité pour l’UE d’assumer son rôle de leader dans la lutte contre le changement climatique »

L'Assemblée nationale a adopté à l'unanimité la proposition de résolution européenne relative à l'interdiction de la pêche électrique.

Lors de la discussion générale, Erwan Balanant, député du Finistère, a rappelé l'engagement du Mouvement Démocrate en faveur de cette interdiction, considérant que "l'Union européenne doit ainsi assumer le rôle de leader qu'elle entend tenir dans la lutte contre le changement climatique et dans le combat pour la préservation de la biodiversité marine".

En janvier, déjà, 249 députés - dont l'ensemble du groupe MoDem - s'étaient engagés en faveur de cette interdiction en co-signant une tribune dans Le Monde.

Découvrir les enjeux du texte, expliqués par Erwan Balanant :

Découvrir la vidéo et le texte du discours d'Erwan Balanant :

(seul le prononcé fait foi)

Nous débattons aujourd’hui d’un sujet vital pour la préservation de nos mers et de nos océans. La pêche électrique, dont la technique consiste à envoyer des décharges dans l’eau, représente en effet un danger considérable pour notre environnement car elle menace non seulement la quantité de poissons dans l’eau mais également le bon fonctionnement de nos écosystèmes marins.

Face à cette double dégradation, les députés européens ont fait le choix de la responsabilité en votant, le 16 janvier dernier, l’interdiction de cette pratique dans l’ensemble de l’espace européen. Le Parlement européen a donc envoyé un message fort, sur la scène mondiale, quant à la volonté des parlementaires des Etats membres, quelle que soit leur étiquette politique, de stopper une technique catastrophique pour la faune et la flore.

Ce message, nous l’avons initié, nous, députés français, à l’occasion d’une tribune signée en janvier par 249 parlementaires de tous bords politiques car la question de la préservation de notre planète transcende les clivages et doit être un consensus sur tous les bancs de cette assemblée. Consensus il y a, d’ores et déjà, au niveau des députés européens. Il doit en être de même, ici, à l’Assemblée nationale.

Prenons l’exemple de nos partenaires internationaux qui, à l’instar de la Chine, des Etats-Unis, du Vietnam, du Brésil, de l’Uruguay ont interdit la pêche électrique en raison de ses conséquences désastreuses pour l’environnement.

C’est pourquoi je salue avec enthousiasme la proposition de résolution de Joachim Son-Forget qui nous invite à profiter de cette formidable occasion qui nous est donnée pour éradiquer une méthode de pêche qui risque de vider totalement nos océans et de détruire tout notre écosystème. Je salue, au nom du groupe MoDem et apparentés, cette proposition de résolution, cosignée par plusieurs députés de mon groupe, appelant les autorités françaises à s’opposer à l’autorisation de cette technique, sous toutes ses formes, y compris dans le cadre du maintien ou d’une prorogation des dérogations actuelles. Face à la volonté du Conseil de l’Union européenne, en mai 2017, de maintenir la dérogation des 5% dans le sud de la mer du Nord, notre assemblée se doit d’adopter une position ferme, ambitieuse et nécessaire pour la protection de notre planète.

Nous la soutenons d’autant plus que les arguments présentés par les défenseurs de cette pratique sont faux et donc extrêmement dangereux. Non, la pêche électrique n’est pas le résultat d’une innovation technologique progressiste ! Elle n’est pas non plus une pêche expérimentale dont l’unique objectif serait la recherche scientifique !

Face à ces arguments fallacieux, je réponds que la pêche électrique n’est pas :

  • expérimentale car la quasi intégralité de la flotte de chalutiers à perche a été convertie à l’électricité.
  • et n’est pas le fruit d’une innovation bénéfique car cette technique provoque des convulsions incontrôlées très violentes pour les poissons détruisant leur colonne vertébrale et provoquant ainsi des hémorragies. Au-delà des poissons capturés, les espèces non-ciblées souffrent également et c’est tout l’ensemble de l’écosystème marin qui en est affecté.

Il est vrai que cette pratique est efficace : elle permet de pêcher un maximum de poissons avec un minimum de moyens.

Car la raison première de la pêche électrique est la suivante : la recherche d’une rentabilité de plus en plus forte. Cette technique de pêche réduit en effet considérablement les coûts pour les pêcheurs car elle implique une moindre consommation de carburant pour un maximum de poissons. Pour la flotte de chalutiers néerlandais, quasiment au bord de la faillite après la hausse du fioul en 2007, la question du maintien de leur rentabilité se posait. Le modèle économique du chalut à perche étant très dépendant du pétrole, bénéficier d’une technique de pêche à bas coût consommant peu de carburant, tout en capturant énormément de poissons, pouvait donc paraître très séduisant.

Car les résultats de la pêche électrique en termes quantitatifs sont très impressionnants. Elle est d’ailleurs si efficace que la quantité de poissons n’a jamais été aussi basse. Elle risque, à terme, d’épuiser totalement nos ressources halieutiques et d’éradiquer ainsi tout un secteur économique en raison de la raréfaction des ressources. L’utilisation de décharges électriques pour paralyser les poissons provoque également de nombreux dégâts visibles comme des brûlures ou des fractures, à tel point que 250 chefs cuisiniers ont déclaré dans une tribune commune leur refus de servir des poissons pêchés grâce à cette technique en raison de leur piètre qualité.

Que vaut donc l’argument de rentabilité économique si la moitié des poissons disparaît et si l’autre moitié souffre de dommages irréversibles ?

La question principale est donc la suivante : souhaitons-nous préserver un modèle de pêche rentable, respectueux de la diversité de nos océans et créant des relations économiques vertueuses sur les territoires maritimes ?

Si oui, il importe de soutenir une réelle innovation technologique, orientée vers des méthodes de pêche rentables tout en respectant nos écosystèmes. L’Union européenne, et notamment la France, bénéficie de chercheurs qualifiés et de qualité, capables d’accompagner cette innovation et de développer une recherche technologique de pointe protectrice de notre planète. La Commission européenne se doit de réfléchir à la nécessaire transition entre la situation actuelle d’un manque criant de poissons dans les eaux européennes vers une situation de pêche redimensionnée adaptée à nos écosystèmes.

Il n’est pas acceptable que des millions d’euros de subventions publiques, dont des fonds européens, soient alloués pour le soutien d’une technique frauduleuse destructrice pour notre planète. Si subventions il y a, elles doivent être tournées vers le développement d’une pêche durable, vers la recherche de pratiques respectueuses et de long terme. Une transparence absolue sur le parcours de financement doit d’ailleurs être de mise sur un sujet aussi important.

Car tout le problème est là : l’Union européenne, via ces multiples dérogations, ne respecte pas les engagements qu’elle s’est fixés en termes de durabilité.  

En effet, depuis 2013, la politique commune de la pêche prévoit de fixer avant 2020, des limites de captures durables pour maintenir les ressources halieutiques sur le long terme. En ratifiant l’Accord de Paris, les Etats membres se sont engagés, dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique, à mettre fin à la surpêche. Face aux dégâts engendrés par la pêche électrique sur les espèces et les fonds marins et face aux objectifs qu’elle s’est fixés, l’Union européenne se doit d’être exemplaire sur cette question.

Protéger la biodiversité et garantir la pérennité du secteur économique de la pêche doivent être une priorité pour l’Union européenne. Si elle n’interdit pas la pêche électrique, elle encourage alors les méthodes les plus destructrices en termes environnementaux et sociaux.

Nous devons donc profiter d’un environnement favorable pour l’interdiction de la pêche électrique et continuer sur cette lancée. Car le vote du Parlement européen n’est qu’un début. Cette pratique n’est en effet pas encore officiellement interdite car une phase de négociation dite « trilogue » entre le Parlement européen, le Conseil et la Commission, a été engagée et durera plusieurs mois. C’est dans l’objectif de soutenir le vote des eurodéputés que cette proposition de résolution a été déposée et doit être soutenue.

La France, à cet égard, adopte une position que je salue car elle s’est toujours opposée à toute levée de l’interdiction de cette technique de pêche. Ici, cette proposition de résolution nous invite à aller encore plus loin en proposant que l’interdiction de la pêche électrique, même sous forme dérogatoire, figure parmi les priorités de ces discussions européennes à venir portant sur le projet de règlement relatif à la conservation des ressources halieutiques et à la protection des écosystèmes marins par des mesures techniques.

Le moment est donc historique. Nous nous devons de faire le choix d’une société durable. L’Union européenne doit ainsi assumer son rôle de leader qu’elle entend tenir dans la lutte contre le changement climatique et son combat pour la préservation de la biodiversité marine et la gestion durable des ressources halieutiques.

Le groupe MoDem et apparentés est donc bien entendu plus que favorable à cette proposition de résolution qui s’inscrit pleinement dans les objectifs de conservation des ressources qui sous-tendent l’ensemble de la politique de pêche commune.

Soucieux de la préservation d’un secteur économique entier et de la lutte contre la désertification des océans, nous défendons un modèle de pêche artisanale, durable et responsable.

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