Interview de Jean-Louis Bourlanges au Cercle des Européens

Interview de Jean-Louis Bourlanges au Cercle des Européens

Interview de Jean-Louis Bourlanges au Cercle des Européens

Ancien député européen, aujourd’hui député français et vice-président de la commission des Affaires européennes, Jean-Louis Bourlanges est un spécialiste des questions européennes.

Retrouvez aussi cet entretien sur le site internet du Cercle des Européens.

En ce début d'année 2018, quels sont les grands défis de l’Europe pour cette année qui débute?

Je ne vous apprendrai rien en vous disant que les quatre principales échéances qui se posent à l’Union européenne sont 1/ la conclusion, encore bien incertaine, de la procédure du Brexit, 2/ l’approfondissement de la solidarité économique entre les membres de la zone euro dans un cadre international de plus en plus mouvant ; 3/ l’harmonisation de la politique d’asile, le renforcement sur le sujet de la solidarité entre les États membres, et une coordination accrue de la lutte contre le terrorisme ; 4/ la poursuite des négociations d’ouverture commerciale en direction du Mercosur de l’Australie de la Nouvelle Zélande.
Par ailleurs, nous devons préparer les élections européennes et nous mettre d’accord sur une procédure intelligente et sécurisée de désignation du futur Président de la Commission européenne.

Vous suivez aussi pour l’Assemblée nationale les négociations liées au Brexit et l’avenir des relations de l’Union européenne et de la France avec le Royaume-Uni. Pensez-vous que l’Europe pourra sortir gagnante de cette négociation avec le Royaume Uni ?

Il est difficile à ce stade de savoir comment se termineront les négociations relatives au Brexit. Les Britanniques ne sont pas très clairs sur le modèle de la relation entre eux et l’UE qu’ils souhaitent voir s’instituer. À ce stade, on ne peut exclure aucune hypothèse, celle d’un accord visant à limiter au maximum les conséquences effectives du départ britannique, celle, à l’inverse, d’une absence d’accord qui serait gravement pénalisante pour tout le monde mais d’abord pour les Britanniques, celle, même si elle est fort improbable, d’une interruption du processus de sécession à la faveur d’une crise politique interne au Royaume-Uni. Le problème du Brexit, c’est que les négociateurs britanniques de l’administration savent que la meilleure solution pour le pays serait de ne rien changer du tout mais ils savent aussi que le peuple en a décidé autrement

Paradoxalement, certains pensent que le Brexit est un mal pour un bien et aura permis aux hésitants de s’apercevoir que la sortie n’est pas une solution. C’est votre avis ?

Je pense que le souverainisme est une passion forte pour les Britanniques. Ils ont mis beaucoup de temps à rejoindre la Communauté européenne. Une fois qu’ils y étaient, ils n’ont cessé de tenter de se dégager de tous les approfondissements menés par les autres, à commencer par l’Union monétaire. Ils ont décidé de partir quand ils ont eu, à tort, le sentiment que leur départ aurait des émules et que l’Union n’y résisterait pas. Aujourd’hui, ils sont un peu déconfits de voir qu’il n’en est rien mais je ne crois pas que ce constat suffise à leur faire regretter une décision de principe.

En 2019 se tiendront les élections européennes. Craignez-vous la montée des populismes ?

Bien sûr que je crains la montée des populistes ! La contestation populiste profite d’une crise générale de nos systèmes politiques et en particulier des gauches européennes. Ce qu’il faut espérer, c’est que les différents partis du centre récupéreront une bonne partie des déçus du socialisme et deviendront le grand parti européen et non simplement un parti charnière comme aujourd’hui. Demain les socialistes ne seront, en effet, que l’ombre de ce qu’ils furent et le PPE est de plus en plus divisé entre pro-européens et eurosceptiques. La vie ne sera pas facile dans le Parlement de demain mais je suis de ceux qui pensent que la montée des populismes stimulera le zèle des partis de centre droit et de centre gauche qui devront, comme les y invite le Président Macron, prendre des initiatives propres à rétablir la confiance dans le projet européen.

Propos recueillis par Julien Miro

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