"Jeter les bases d’une agriculture innovante, diversifiée et valorisante pour ses acteurs"

"Jeter les bases d’une agriculture innovante, diversifiée et valorisante pour ses acteurs"

« Jeter les bases d’une agriculture innovante, diversifiée et valorisante pour ses acteurs »

Alors que les députés débutent l'examen du projet de loi pour l'équilibre des relations commerciale dans le secteur de l'agroalimentaire, retrouvez la vidéo et le texte du discours de Richard Ramos lors de la discussion générale.

 

[Seul le prononcé fait foi]

 

Nous sommes réunis ici pour débattre, légiférer de ce que sera notre agriculture, du sort que nous voulons réserver à nos paysans, à nos restaurateurs, de l’idée que nous nous faisons de l’alimentation. Manger revêt une dimension singulière lorsque l’on est français, et l’Europe nous regarde, nous le pays dont le repas gastronomique est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Ceci nous commande, ceci nous oblige.

Parler d’agriculture, parler d’alimentation, c’est parler d’humanité ; c’est parler de l’histoire humaine et de la destinée que nous voulons lui assigner dans la pratique de cette activité plurimillénaire ; c’est aussi s’interroger sur la manière dont on envisage de nourrir les femmes et les hommes en ce début de 21ème siècle. Ce sont là deux sujets fondamentaux.

Il y a 40 000 ans, la terre était bien peu peuplée, les habitants vivaient de chasse, de pêche et de cueillette. Vers 8 000 ans avant Jésus Christ, l’agriculture naît. Cette révolution s’accompagne déjà de mutations technologiques majeures : houe pour retourner la terre, faucille, meule, autant de nouveaux outils nécessaires pour cultiver.

Vous l’aurez compris, l’agriculture a fixé le destin de l’humanité. Depuis la révolution industrielle, et aujourd’hui numérique, à la faveur de choix politiques et de mutations sociétales, l’agriculture connaît une profonde métamorphose. Cette question est ici, dans cet hémicycle, de prendre la mesure de ce changement de paradigme et de penser le présent afin de tracer les lignes d’un futur durable.

La réalité est celle d’un monde agricole très hétérogène qui fait du paysan le maillon le plus faible d’une chaîne agroalimentaire où les transformateurs et distributeurs cherchent le prix le plus bas pour satisfaire une clientèle de plus en plus coupée de la réalité des conditions de productions. On comprend la colère de nos concitoyens quand ils découvrent que certains industriels de l’agroalimentaire, comme le groupe Lactalis, peuvent peut-être, par avidité, les tromper, les empoisonner, eux et leurs enfants !

Pouvons-nous interdire l’utilisation de certains produits à nos agriculteurs alors que l’on continue d’importer des produits étrangers qui en contiennent ?

Oui, je m’élève contre cette malbouffe, que nous, représentants de la Nation, ne pouvons accepter de voir s’installer davantage dans nos assiettes.

L’économie mondialisée a facilité la mise en place dans les entreprises de transformation, de structures toujours plus grandes guidées par la recherche du profit. Cette quête mortifère pour les exploitants et les consommateurs - celle de produire plus - aboutit à payer de moins en moins les producteurs ! A cette spirale calamiteuse vient s’ajouter une très regrettable uniformisation du goût, des produits contenant toujours plus de sucre et de matière grasse, d’additif, dont la consommation devient un problème majeur de santé publique. La culture du prix bas forgée dans l’esprit des consommateurs est délétère. Non, Monsieur Michel-Edouard Leclerc, les plus modestes ne sont pas mieux nourris aujourd’hui par votre système : ils sont toujours les mal nourris de notre époque et la courbe de l’obésité continue d’épouser celle de la pauvreté…

Pouvons-nous offrir aux générations futures un modèle agricole plus vertueux, plus respectueux du règne végétal et animal, une alimentation plus saine, plus sûre, plus durable et accessible à tous ; un modèle qui apporte à chaque acteur : producteur, transformateur, distributeur, le juste prix de son travail et la conviction d’avoir œuvré pour le bien commun.

Je pense que cela est possible, et il nous appartient ici, tous en ensemble, d’en faire la démonstration.

Il nous faut changer de logiciel, il nous faut fixer une ligne, un cap, une ambition.

Il est sidérant de constater que l’agriculteur, qui nourrit par la force de son travail les autres hommes, n’arrive plus à vivre décemment de son activité, de mesurer le fossé que la grande distribution a largement creusé entre le consommateur et le producteur.

Qu’elle soit bio, raisonnée ou conventionnelle, l’agriculture se doit d’être respectueuse de l’environnement et des animaux.

Manger ? ce n’est pas seulement se nourrir, c’est un acte social fait d’échanges, de créativité, de découvertes et de plaisir partagé. Eduquer à comprendre ce qu’est la malbouffe et ses dangers pour la santé doit désormais devenir une exigence scolaire républicaine.

Tel est l’enjeu de nos débats dans le cadre du projet de loi issu des Etats Généraux de l’Alimentation. Je forme le vœu que nos échanges, dans les amendements qui seront déposés, dans nos votes, nous prenions le meilleur de ce qui sera proposé, au-delà de nos clivages politiques, pour faire de cette loi, une loi qui fera date et jettera les bases d’une agriculture innovante, diversifiée, valorisante pour ses acteurs. Une loi qui permette à nos industriels d’avancer vers des produits sans additifs, sans colorants inutiles.

Ne laissons pas crever nos paysans dans une coupable indifférence, votons ce qui les rendra de nouveaux fiers et leur permettra enfin de vivre dignement du fruit de leur travail.

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