Marielle de Sarnez, invitée de Ca vous regarde, sur LCP

Marielle de Sarnez, invitée de Ca vous regarde, sur LCP

Marielle de Sarnez, invitée de Ca vous regarde, sur LCP

Marielle de Sarnez, députée de Paris et Présidente de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, était l'invitée du Grand entretien de l'émission Ca vous regarde, sur LCP, mardi 27 novembre 2018. Elle est notamment revenue sur son déplacement en Irak, à la rencontre des acteurs institutionnels du pays, mais également sur sa visite dans un camp de réfugiés Yézidis

Retrouvez son interview à partir de 45:20.

 

Bienvenue sur ce plateau, Marielle de Sarnez, merci d’avoir accepté notre invitation. Vous présidez la commission des Affaires étrangères à l’Assemblée nationale, on va revenir sur vos récentes missions à l’étranger, et il y en a plusieurs. Mais d’abord l’actualité, c’est la réponse d’Emmanuel Macron aux gilets jaunes, ce matin à l’Élysée. Pas de changement de cap, mais un changement de méthode. Mais la possibilité aussi, dit-il, d’adapter la taxe carbone en fonction du marché. Est-ce que c’est François Bayrou qui a inspiré Emmanuel Macron ?

 

Oui, je pense que ce que François Bayrou a dit, et a posé comme idées dans le débat et dans les récentes propositions, bien sûr que ça a joué. Moi j’ai regardé ce matin le discours du président, j’ai trouvé que c’était un bon discours. J’ai trouvé que c’était un président qui était totalement dans la mission des présidents de la République. Un président de la République, ça doit dire le cap, dire la vision. Le cap de la trajectoire carbone, ça a commencé avec Nicolas Sarkozy, pour être poursuivi avec François Hollande et aujourd’hui Emmanuel Macron. Mais on a toujours un sentiment en France qu’il n’y a pas de capacité d’anticipation, d’explication, d’appropriation, et ça, c’est un grand sujet. Et la deuxième mission d’un président, c’est d’être garant de la cohésion sociale du pays. Il est garant de l’unité du pays, et de la cohésion sociale du pays. Et moi j’ai entendu ça ce matin. Il a ouvert cette porte sur ce qu’avait proposé François Bayrou, il ouvre la porte au dialogue, au débat, pendant les trois mois qui viennent. C’est bien ! C’est un début, on va voir ce qui sortira de tout ça, il faudra probablement continuer à s’exprimer sur les attentes de façon libre et de façon exigeante, mais au fond, je trouve qu’il était ce matin complètement dans sa mission.

 

Est-ce que vous redoutez le mois de janvier, qui risque d’être celui de tous les dangers : nouvelle hausse de l’essence et du diesel, promesse tenue, cap maintenu du président, qui vont s’ajouter au prix des péages des autoroutes, sans compter le fameux prélèvement à la source, qui aura peut-être des effets psychologiques…

 

Il y a beaucoup de Français qui ont été mensualisés. Donc quand vous êtes mensualisé, on enlève déjà l’impôt.

 

C’est vrai. Mais le pouvoir d’achat va s’inviter à nouveau en janvier ?

 

C’est un grand débat, la question du pouvoir d’achat. On voit qu’on a un débat public et politique qui est focalisé sur le pouvoir d’achat. Moi je crois qu’il faut qu’on prenne les choses d’une autre façon. Qu’est-ce qui est pour moi le plus problématique en France ? Évidemment, les bas salaires, c’est un problème majeur. Mais si vous avez vingt ans, vous avez un premier emploi, vous avez un salaire qui n’est pas très haut, ça va, vous n’avez pas de charge de famille, vous démarrez dans la vie active. Le problème français, et pour moi c’est obsessionnel, c’est qu’on trouve des gens, des femmes par exemple dans des industries agroalimentaires, qui rentrent à 18 ans dans leur travail, qui à 45 ans y sont toujours, et qui n’ont pas bougé. Qui ont le même salaire, qui ont les mêmes responsabilités, ou quelquefois absence de responsabilités. C’est ça qu’il faut changer en France.

 

Je voudrais que l’on parle d’un autre sujet, c’est pour ça que je vous ai invitée ce soir, vous présidez la commission des Affaires étrangères et vous rentrez d’Irak, vous étiez à Bagdad, à Mossoul, et au Kurdistan, la semaine dernière, vous y avez passé quelques jours. Vous y avez rencontré les autorités – on sait que le gouvernement est assez instable, la situation du pays reste compliquée –, à quoi sert ce genre de mission parlementaire ?

 

On ne peut pas dire que le gouvernement soit instable, pardon de vous le dire. Il faut qu’on fasse attention. Il y a un Premier ministre qui est en place, je pense qu’il a des opportunités pour les mois qui viennent et les années qui viennent de pouvoir participer de la reconstruction tout à fait nécessaire de ce pays.

 

Vous avez senti sur place le risque que Daech se réimplante en Irak, ou c’est éloigné, puisque vous dites que c’est stable ?

 

Je dis que le Premier ministre a cette capacité à porter la reconstruction du pays, qu’il va falloir évidemment que la communauté internationale, que l’Europe et que la France soient aux côtés et aident à la reconstruction en Irak. Vous voyez bien où c’est situé régionalement, c’est important pour réussir ensuite la Syrie, qu’en Irak on reconstruire et on stabilise. Daech a été vaincu militairement – pour le moment, sur le terrain, Daech est vaincu. Mais vous savez très bien qu’ensuite il existe toujours sur le terrain des personnes qui ont fait partie de cette organisation et qui peuvent, sous une forme ou sous une autre, resurgir. La réponse, elle est évidemment militaire, mais elle ne peut pas être que militaire. Elle est dans ce qu’on appelle la stabilisation d’un pays, c’est-à-dire dans son développement économique et social, comment on redonne de l’espoir, comment on refait marcher le pays. Comment on relance les services publics. C’est ça toute la question aujourd’hui pour l’Irak.

 

Comment ça se passe une mission parlementaire ? Parce que les Français le savent peu, la diplomatie parlementaire, ça existe, elle est peu visible, on en parle peu, mais au fond vous accompagnez la politique du Quai d’Orsay.

 

Moi, je suis pour qu’on en parle beaucoup plus. Au fond, on accompagne la politique du Quai d’Orsay. On a aussi nos propres opinions, et on a peut-être plus de libertés. On est moins contraints, là où nous sommes. On a vu le Premier ministre d’Irak, le Premier ministre du Kurdistan, le vice-Premier ministre du Kurdistan, nos homologues parlementaires. On parle en liberté de toutes les grandes questions, et je pense que la liberté est nécessaire et que la communication, et la transparence, et les relations parlementaires que l’on peut avoir, c’est très important. L’exécutif a, lui, ses propres responsabilités. Bien évidemment, on n’est pas divergents sur les choses importantes et les choses qui comptent, mais on peut le faire différemment. J’ai passé beaucoup de temps dans le camp où se trouvent les femmes yézidies, quand je dis les femmes yézidies, il y a des femmes mais il y a aussi des enfants, qui n’ont plus de parents, qui sont orphelins. Cette population persécutée, est probablement victime d’un génocide, l’ONU a travaillé dessus, sur les témoignages pour pouvoir effectivement le démontrer. Vous voyez des jeunes filles de huit ans, dix ans, douze ans, quatorze ans, qui ont été prisonnières de Daech, violées par Daech, qui ont eu des enfants. Ces femmes qui reviennent difficilement dans leur communauté d’origine. Les enfants eux, qui sont rejetés au fond de cette communauté d’origine, parce que l’enfant d’un père musulman devient musulman, et chez les yézidis, c’est difficilement acceptable. C’est énormément de souffrance, une immense capacité aussi de résilience, chez toutes ces femmes que j’ai vues. Et tous ces enfants orphelins, oui il faut que la France soit là, il faut qu’elle soit à leurs côtés, c’est vital. Emmanuel Macron a souhaité que la France accueille plusieurs dizaines de femmes yézidies, ça va commencer au mois de décembre, et c’est bien, il faut continuer, il faut les accompagner psychologiquement, et il faudra aussi s’occuper des enfants.

 

J’ai vu que vous aviez lancé une mission d’information sur le contrôle des ventes d’armes. Est-ce que c’est l’affaire Khashoggi qui vous a décidée ?

 

Non, pas du tout, ça aurait pu, mais pas du tout. Je pense depuis longtemps, pour l’avoir regardé au fond et avoir travaillé sur le sujet, que quand vous regardez les parlements qui nous entourent, ils ont sur ces questions de ventes d’armes plus de capacité d’information par l’exécutif, par le gouvernement, plus de transparence. Je pense que c’est absolument nécessaire qu’on se mette au niveau…

 

La commission de la Défense ne vous suit pas là-dessus ? Elle n’a pas voulu s’associer ?

 

Pourquoi ? Si, en tout cas il y a eu un rapport d’information de la commission Défense il y a à peu près 8 ans, je l’ai lu, il était très intéressant. Il proposait par exemple qu’il y ait un débat annuel dans le cadre du parlement sur ces questions-là, et ça peut progresser.

 

Donc pas de procès, mais c’est la commission des Affaires étrangères qui est à l’initiative. Je voudrais qu’on parle de l’Europe. C’est le sujet qui vous tient à cœur. Vous étiez à Belfast, en Irlande, vous êtes allée aussi à l’Assemblée générale des Nations Unies où, au fond, la vision française du multilatéralisme est quand même très mise à mal.

 

A l’ONU, elle n’est pas mise à mal.

 

Enfin aux États-Unis, avec Donald Trump. Comment vous voyez ce scrutin, et au fond, est-ce que ce clivage ‘nationalistes contre progressistes’ que met en place le président de la République vous semble pertinent ?

 

Moi je pense que tout est lié au fond, vous venez parler de l’ONU, vous venez de parler du Brexit, on a une Europe qui a commencé à se déliter avec le départ de la Grande-Bretagne. J’étais en Irlande du Nord et en République d’Irlande, il faut savoir qu’à Belfast, vous avez encore des murs, on les appelle les Murs de la paix, qui ont été érigés pour protéger les communautés les unes contre les autres. Mais toutes ces questions sont extrêmement sensibles, et c’est pourquoi remettre des frontières est absolument impossible. Oui, les élections européennes vont être un moment très important. J’ai l’habitude de dire que ça va être un rendez-vous avec l’histoire, et que ce n’est pas un rendez-vous partisan. Ce n’est pas un rendez-vous de partis. Là, la question, ça va être une question de vie ou de mort. Quand je regarde le monde qui nous entoure, quand vous regardez la Chine avec cette volonté de puissance, vous voyez bien, elle se voit comme première puissance mondiale à 30 ans. Quand vous voyez les États-Unis complètement repliés sur eux-mêmes, et avec des décisions de sortie de tous les grands accords internationaux, quand vous voyez le nombre de régimes autoritaires, quand vous voyez même les questions en cours en Europe… oui, la question de l’Europe est fondamentale, mais pour moi ce n’est pas ‘nationalistes contre progressistes’. Il faut pouvoir répondre aux attentes des peuples. Il y a une attente de démocratie, les citoyens veulent participer aux décisions. Il y a une attende d’identité, de réponse à la mondialisation. C’est à tout cela qu’il faudra répondre.

 

On vous réinvitera avec grand plaisir sur ce plateau, merci Marielle de Sarnez d’être venue en direct.

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