Marielle de Sarnez invitée de Jean-Jacques Bourdin sur RMC le 7 décembre 2018

Marielle de Sarnez invitée de Jean-Jacques Bourdin sur RMC le 7 décembre 2018

Marielle de Sarnez invitée de Jean-Jacques Bourdin sur RMC le 7 décembre 2018

Marielle de Sarnez, Présidente de la Commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale et députée de Paris, était l'invitée de Jean-Jacques Bourdin sur RMC et RMC Découverte, vendredi 7 décembre.

Retrouvez son interview en suivant ce lien 

 

Jean-Jacques Bourdin : Marielle de Sarnez est avec nous, députée de Paris, Vice-présidente du Modem, présidente de la commission des Affaires étrangères à l’Assemblée nationale, bonjour. Merci d’être avec nous. Tout le monde dit « violences, violences, violences… », j’entends même dans la bouche de certains responsables gouvernementaux « des morts, des armes, des gens qui sont là pour tuer »… vous croyez cela, Marielle de Sarnez ?

Marielle de Sarnez : En tout cas moi ce que je vois, je vois des images, je vois la France qui se prépare à des émeutes. Ce sont des images terribles. Tous ces magasins qui se ferment, dans toute la France, l’inquiétude, la peur de nos concitoyens. Moi, je souhaite que demain se passe le mieux possible. Que ceux qui viennent manifester le fassent pacifiquement. Et ensuite, qu’on sorte de tout ça. Mais je pense qu’on y reviendra. La France est un grand pays, il va falloir qu’elle s’en sorte. Il va falloir qu’on retrouve son unité, il va falloir qu’on retrouve sa cohésion sociale. Et puis vous savez, le monde entier nous regarde. Il y a une forme de sidération devant ces images, que nos amis qui sont dans le monde entier, que les amis de la France, voient sur les écrans depuis des semaines et des semaines, des jours et des jours. Ils se disent « comment cela est-il possible, ici, en France ? ». C’est une question qu’on devrait se poser aussi à nous-mêmes, à mon avis : comment ça a pu arriver ? Comment tout ceci a pu arriver, depuis des semaines ? Donc oui, il va falloir ressaisir, il va falloir, une fois passé le temps de demain, que j’espère le plus pacifique possible, il va falloir repenser les choses. Moi, j’entends parler de mesures. Vous parlez de mesures. Tout le monde parle de mesures. C’est bien de prendre des mesures. Mais je vais vous dire une chose : ça ne suffira pas, de prendre des mesures. Ça ne suffira pas pour répondre à tout ce qui est accumulé depuis longtemps, de frustration, d’amertume, de colère, de souffrance, de sentiment de déclassement. Vous voyez bien que tout ça se cumule depuis des années et des années dans notre pays. Donc il faudra, au-delà des mesures, ouvrir une page nouvelle et réécrire ce que j’appelle un contrat social et civique avec la nation. Ce sera ça, la question de demain et d’après-demain.

Justement, je vais vous parler de ce contrat social et civique, je vais vous parler de l’avenir, parce qu’il faut parler de l’avenir. Il faut envisager ce qui peut être fait. Il y aura probablement lundi une déclaration du président de la République. Il est temps. Parler, d’accord, mais ne pas parler pour rien.

On est d’accord.

Il faut que le président de la République ait des choses à annoncer, à dire. Que doit-il dire lundi, Marielle de Sarnez ?

Je pense que ça ne doit pas être très loin de ce qu’on a dit ensemble. Oui, il y a une page nouvelle qui s’ouvre. Oui, il faut réécrire un contrat social et civique avec le pays, avec la nation. Ça fait longtemps, ce n’est pas que d’aujourd’hui, tout ça. C’est très important que les dirigeants comprennent qu’au fond, ils sont là parce que le peuple les a mis là où ils sont, qu’ils sont en responsabilité au nom du peuple, et qu’il y a une façon de gouverner qui doit être repensée. Vous voyez bien ce qui se passe depuis 20 ou 30 ans, vous avez le sentiment que les décisions qui sont prises sont prises par des gens dans leur bureau, sans aucune connexion avec les attentes du peuple, et qu’on ne fait pas en sorte que les concitoyens s’approprient ces décisions. Elles ne sont pas prises avec eux. Donc on a non seulement une fracture sociale, comme disait Chirac, qui s’est agrandie, qui s’est aggravée, et en plus on a une crise démocratique de la légitimité. Et beaucoup de Français ont le sentiment qu’ils ne sont pas dans la prospérité, et qu’il n’y a pas de légitimité de la représentation. C’est toutes ces questions-là qu’il va falloir traiter.

Légitimité de la représentation, par exemple…

C’est une question, quand on demande la proportionnelle. Ce sont des choses compliquées, les modes de scrutin... Mais ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’on veut que l’Assemblée nationale ressemble au peuple de France. On veut que l’ensemble des courants et des sensibilités soient représentés. C’est une juste représentation, par exemple, la proportionnelle.

Il y a un homme qui pourrait porter tout cela, c’est François Bayrou.

Mais il le porte depuis longtemps, vous le savez bien.

D’accord, mais est-ce que, franchement, François Bayrou à la place d’Édouard Philippe, ce serait une bonne idée ?

On ne va pas rentrer là-dedans. Moi je pense que pour une fois, on peut se dire que les questions de personnes, on va les mettre derrière, on va les mettre de côté. Là, il s’agit du pays, il s’agit du peuple de France, il s’agit de la France, et j’ai envie qu’on trouve et qu’on retrouve les chemins du rassemblement de mon pays. Moi, c’est ça qui m’importe.

Pardon, mais pour porter le contrat social et civique…

Toutes les bonnes volontés seront nécessaires. Vous ne faites jamais quelque chose tout seul.

Je ne vais pas insister là-dessus. Mais si François Bayrou était appelé au poste de Premier ministre, est-ce qu’il accepterait ?

François Bayrou est, comme tous les Français, soucieux de l’unité et de la cohésion sociale du pays. Chacun a sa place, à sa place. On doit tous s’impliquer, et on devra tous s’impliquer.

Bien, on verra dans les prochains jours ce qui se passera à la tête de l’État et à la tête du gouvernement. On a écouté Yann, gilet jaune, gérant de société dans le Val d’Oise, qui propose que le chef de l’État baisse son salaire, qu’il montre que l’État fait des économies, fait des efforts, et ensuite qu’il propose aux Français une prime - puisqu’on parle beaucoup d’une prime défiscalisée.

Je suis d’accord avec vous sur la prime. On aurait pu aussi défiscaliser les heures supplémentaires. Il y a des choses qui sont vraiment possibles, et sur lesquelles on n’aurait pas dû revenir. Je le crois. Mais je vous le redis : on aura beau additionner toutes les mesures de justice : ça ne suffira pas. Il faut reprendre les choses au début de l’histoire. Il faut que l’État entende, comprenne, que l’État donne des exemples, que la haute fonction publique donne des exemples, je suis d’accord, je signe dès demain, bien sûr. Il y a des gens qui ont de grands privilèges.

On vit dans un pays de symboles. Les Français ont besoin de voir qu’on fait attention à ce qu’ils demandent.

On a besoin de justice, on a besoin de rassemblement, on a besoin de modération, et on a besoin aussi de courage. Et de créativité, et d’imagination, parce qu’il va falloir repenser des choses. Et de justice.

Merci Marielle de Sarnez d’être venue nous voir ce matin.

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