Patrick Mignola, invité de 4 vérités sur France 2, le 24/07/19

Patrick Mignola, invité de 4 vérités sur France 2, le 24/07/19

Patrick Mignola, invité de 4 vérités sur France 2, le 24/07/19

 

 

Patrick Mignola, député de la Savoie et président du groupe Mouvement Démocrate et Apparentés, était l'invité de 4 vérités, sur France 2. Le président s'est notamment exprimé sur le projet de loi bioéthique à venir, sur le CETA et sur l'élection du nouveau Premier Ministre britannique.

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    Seul le prononcé fait foi,

    Journaliste : Bonjour Patrick Mignola.
    Patrick Mignola : Bonjour.
    Journaliste : Merci d’être avec nous ce matin. On l’entendait dans le journal, un gros sujet arrive sur la table du conseil des ministres aujourd’hui. C’est la loi sur la bioéthique avec en vedette, si j’ose dire, l’autorisation prochaine de la PMA pour les couples de femmes et pour les femmes seules (la PMA, la procréation médicalement assistée). Le groupe MoDem que vous présidez est-il en phase avec ces évolutions et donc avec ces nécessités de modifier les lois sur la bioéthique ?
    Patrick Mignola : Oui, parce que d’abord, il faut tenir un engagement du Président de la République. Et c’est assez original : on va s’efforcer dans cette législature de tenir tous les engagements du Président de la République. Ensuite, nous, on souhaite fixer des principes. Il faut qu’on aborde ce débat sur la bioéthique, sur la PMA et sur tous les autres sujets, plus en responsables qu’en militants.
    J : C’est-à-dire ?
    P.M : Il faut qu’on fixe des principes. Il y a deux principes indépassables pour nous : il faut qu’on évite l’eugénisme et qu’on évite l’exploitation des corps. C’est-à-dire que la PMA n’entraîne pas la GPA et demain il ne faut pas que le corps de la femme puisse être marchandisé.
    J : Alors justement, procédons dans l’ordre : vous parlez de la GPA, certains disent « Mais si on autorise finalement, selon le principe d’égalité, des couples de femmes à avoir des enfants via la PMA, pourquoi ce droit serait refusé à des couples d’hommes via la GPA, la gestation pour autrui ? ».
    P.M : Eh bien, parce qu’en l’occurrence, on n’est pas là dans le droit mais on est dans l’éthique. Des femmes, lorsqu’elles veulent concevoir un enfant, il ne faut pas l’intervention d’un tiers qui porterait l’enfant. S’agissant de la GPA, il faut qu’une femme extérieure à un couple porte l’enfant et ça peut ouvrir demain la porte à la marchandisation des corps. Donc, cette porte nous la fermons.
    J : C’est une porte qui est fermée définitivement ? Certains disaient que la PMA ne se ferait jamais il y a quelques années, au moment de l’adoption du mariage pour tous, et finalement elle se fait donc quelle est la garantie que vous apportez sur l’avenir, sur le fait qu’il n’y aura jamais de GPA en France.
    P.M : Eh bien c’est que quand on est en République, quand on est en démocratie, quand on est responsable public il faut partir non seulement partir du droit mais il faut partir aussi de l’éthique, c’est à ça que ça sert. Et s’agissant de la PMA, mais s’agissant de l’anonymat des donneurs, s’agissant de la conservation des ovocytes, s’agissant de toutes les techniques nouvelles qui vont demain pouvoir soigner des maladies rares, à chaque fois il faut qu’on fixe un cadre éthique. Et là, l’éthique, ce n’est pas des positions politiques, il n’y aura pas de consignes de vote, il y aura des libertés de vote ou chacun doit réfléchir en son fort intérieur sur ce qu’il voudra faire de la société demain.
    J : Vous présidez un groupe et vous êtes dans un parti, le MoDem, où la sensibilité chrétienne est parfois importante et il y a des dissensions, y compris dans votre groupe. Il y a des gens qui vont voter contre la PMA, par exemple, le député Jean-Louis Bourlanges. Finalement, est-ce que ça ne risque pas, ce débat, de rouvrir des plaies qui ne sont pas forcément refermées dans le milieu politique et dans la société française ?
    P.M : Au contraire, moi je pense que François Hollande, dans la législature précédente, avait fait une erreur : il a voulu faire du mariage pour tous un sujet politique. En l’occurrence, il faut qu’on sorte de la politique et qu’on revienne dans l’éthique, et c’est ça notre véritable responsabilité.
    J : On crée un droit aujourd’hui et il en créait un hier.
    P. M : On crée un droit et il faut qu’on encadre ce droit par une éthique sur ce qu’on veut faire de la société demain. Quelle est la famille qu’on va inventer, quelle est la notion de filiation qu’on va inventer ? Et on va préserver les français d’avoir des affrontements politiques qui les divisent sur ces sujets-là.
    J : Et donc ceux qui disent non vous allez les convaincre, y compris dans votre groupe ?
    P.M : Non, on va les entendre. Et cela va permettre de fixer un cadre à la loi, pour que la loi demain soit celle qui s’applique à tous.
    J : Autre sujet du jour : Patrick Mignola, l’arrivée de Boris Johnson au 10 Downing Street, faut-il en avoir peur ? Est-ce que c’est la promesse d’un Brexit dur, sans accord, et d’une crise en Europe ?
    P. M : L’Angleterre est souveraine. Moi j’aime beaucoup ce pays mais, il faut se rappeler que Boris Johnson a été élu sur une ambiguïté, parce que pour convaincre les Anglais de voter pour le Brexit, il leur avait menti à bien des égards, en expliquant que ça allait rapporter à l’Angleterre 500 ou 600 millions d’euros par semaine, alors que la contribution de l’Angleterre c’était 100 millions. Je voudrais juste rappeler une chose, parce que les parlementaires français ils sont là pour défendre les français. Aujourd’hui, l’Angleterre doit 40 milliards d’euros à l’Europe. Si l’idée de Boris Johnson c’est de faire un Brexit dur et de partir avec la caisse, forcément ça ne marchera pas. L’argent de l’Europe ça sert à protéger nos agriculteurs, ça sert à payer des infrastructures, ça sert demain à faire plus d’écologie pour mettre par exemple des camions sur des trains : cet argent appartient à l’Europe.
    J : Dans le Brexit dur, c’est donc l’Europe qui doit être dure et qui doit être ferme ?
    P. M : On avait Margaret Thatcher qui disait il y a quelques années « I want my money back ». Donc aujourd’hui c’est « Europe wants its money back ».
    J : Autre sujet qui est lié à l’Europe et qui a été adopté, on peut le dire, au forceps à l’Assemblée nationale, c’est le CETA, le fameux traité de libre-échange avec le Canada. 52 députés de La République En Marche se sont abstenus, il y en a eu aussi dans votre groupe. Ça veut dire qu’aujourd’hui, cette idée de libre-échange ça ne passe plus à l’heure où notamment on parle d’écologie. Le libre-échange c’est du transport, c’est de l’empreinte carbone et ça ne colle pas avec l’air du temps, si j’ose dire.
    P. M : Oui, Marielle de Sarnez a dit quelque chose de très juste hier c’est qu’il ne pourra plus il y avoir d’accords commerciaux comme celui-là à l’avenir. Il faut à chaque fois qu’on ait des exigences environnementales, sociales, sanitaires parce que le monde n’est plus celui où on passe des accords commerciaux internationaux dans lesquels on ne parle que de commerce. Il faut aussi parler d’environnement. Mais si on a voté le CETA, c’est parce que, pour la première fois, on a émis ces exigences dans ce traité.
    J : Pourquoi il y a tant de réticences alors ?
    P. M : Parce que certains se disent qu’aujourd’hui, le libre-échange c’est terminé. Mais attention, si on revient au protectionnisme, si on revient à l’isolationnisme, s’il suffisait de ne plus signer d’accords commerciaux pour lutter contre le réchauffement climatique, cela fait longtemps que Donald Trump serait prix Nobel de l’écologie. Ce n’est pas comme ça que cela marche dans le monde d’aujourd’hui. On doit continuer à échanger parce que c’est profondément humain, on doit continuer à avoir du progrès, mais en revanche, il faut mettre de l’exigence environnementale dans toutes nos décisions.
    J : Vous parlez de Donald Trump mais il y a Nicolas Hulot, ce n’est pas tout à fait le même genre, qui lui a dit « Il ne faut surtout pas voter ce traité parce que demain il y aura des animaux nourris aux farines animales, nourris aux OGM qui arriveront dans nos assiettes ». Il parle faux Nicolas Hulot ?
    P. M : Je crois que c’était une erreur, qu’il se renie, parce qu’au fond il a, lui, Nicolas Hulot, été à l’origine des belles évolutions du CETA. On a trouvé un texte qui avait été initié par Sarkozy, signé par Hollande, et qui ne parlait que de commerce. Grâce à Nicolas Hulot, on y avait mis des exigences environnementales. Donc au contraire, on l’a voté parce que ce qu’il a impulsé avait produit des résultats.
    J : Il n’est pas sincère alors ?
    P. M : Je crois qu’aujourd’hui il a décidé de sortir du Gouvernement et de devenir un commentateur plutôt qu’un acteur, nous on est des acteurs.
    J : Vous avez écouté François de Rugy hier sur France 2, dans le journal de 20h : « Je me présente en homme blanchi, honnête homme ». Est-ce qu’il vous a convaincu ?
    P. M : Moi j’étais heureux hier soir parce que j’ai vu un homme qui se relève. Il est sorti du Gouvernement avec beaucoup de responsabilité pour ne pas le gêner et pour reconquérir son honneur. Il est en train de le faire, c’est bien. Et c’est bien pour la majorité parce que nous on a pris un pari immense, c’est de se dire qu’on pouvait montrer aux Français qu’on pouvait remettre de l’éthique en politique.
    J : Excusez M. Mignola mais lorsqu’on lui a posé hier, deux fois, la question sur l’éthique « Est-ce qu’on peut consommer du homard et des vins millésimés quand on demande aux Français de se serrer la ceinture ? » il a, pardonnez-moi mais, plutôt botté en touche en disant qu’il y avait eu une campagne contre lui, un journalisme de démolition, et il n’a pas répondu sur le symbole. Est-ce que vous vous admettez qu’il y a un symbole et qu’il a été mis à mal ?
    P. M : La question c’est « Est-ce qu’il faut mettre de la règle ? ». Moi je pense que ça ne sert à rien de réinventer l’eau chaude. Il y a des gens qui savent très bien faire en France des contrôles. Dans toutes les entreprises, pour les frais de tous les salariés, ils regardent ce qui relève du professionnel et ce qui relève du personnel. Le personnel, dans n’importe quelle entreprise, doit être réintégré, remboursé, fait l’objet de charges sociales. Il faut qu’on applique les mêmes règles en politique. Après, franchement, les Français qui viennent visiter des palais nationaux lorsqu’ils visitent pour les Journées du Patrimoine, ils imaginent bien que les grands personnages de l’Etat ne vivent pas dans des tentes Quechua et ne font pas des apéros avec cacahuètes et olives.
    J : D’accord mais entre les cacahuètes et le homard il y a des degrés.
    P. M : Il faut qu’on sache remettre de la règle.
    J : Vous le savez, vous êtes député de la Savoie, le homard ça a choqué.
    P. M : Oui, moi je suis plus saucisson et Beaufort en tant que savoyard. Il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui on ne peut pas vivre dans un système où quand on porte une accusation le matin, parce qu’elle est mille fois relayée sur les réseaux sociaux, on peut descendre un homme et faire croire que tous les politiques sont des malhonnêtes, ce n’est pas vrai.
    J : Eh bien, on vous a entendu ce matin. Merci beaucoup, Patrick Mignola !

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