Patrick Mignola, invité de la matinale de CNews le 26/11/2019

Patrick Mignola, invité de la matinale de CNews le 26/11/2019

Patrick Mignola, invité de la matinale de CNews le 26/11/2019

Patrick Mignola, président du groupe Mouvement démocrate et apparentés, était l'invité de la matinale de CNews, mardi 26 novembre 2019


Gérard Leclerc : Bonjour Patrick Mignola

Patrick Mignola : Bonjour Gérard Leclerc

Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, seul syndicat favorable à la réforme systémique des retraites, met en garde le gouvernement de ne pas créer l’affrontement qui serait mortifère pour tout le monde, dit-il, il a raison ?

Oui, bien sûr, il a raison, personne n’a intérêt à l’affrontement, mais personne n’a intérêt non plus au renoncement. Le Gouvernement, aujourd’hui, il a mis beaucoup de choses sur la table de discussions, et contrairement à ce qu’on entend ici ou là, qu’on serait flou, qu’on n’aurait pas dit suffisamment les choses, il y a : un, le système des retraites est déséquilibré, donc comment on trouve des solutions, est-ce qu’on fait un âge d’équilibre, un âge pivot, est-ce qu’on fait plus de durée de cotisation ? Deux, il faut qu’on ait un système plus juste, parce qu’aujourd’hui il est très injuste vis-à-vis des carrières hachées, vis-à-vis des femmes. Au fond, c’est un système qui a été bâti dans les années 50 pour des hommes, principalement, qui travaillaient toute leur vie dans la même boîte, donc aujourd’hui on voit bien que ce monde-là n’est pas le nôtre. Et dès lors qu’on est d’accord sur le fait qu’il faut rééquilibrer le système de retraites et qu’il faut le rendre plus juste, il faut qu’on ouvre la discussion, mais je crois que ne pas y renoncer, c’est-à-dire ne pas se dire que, « il faut faire la clause du grand-père », parce qu’il faut qu’on arrête avec la clause du grand-père, qui est en fait la clause de la Saint-Glinglin, la clause des calendes grecques…

Donc pas de clause du grand-père ? Déjà vous l’éliminez ?

Je crois qu’il ne faut pas qu’on aille vers la clause du grand-père. Soit on se dit qu’il y a un problème…

Donc l’idée, c’est que la réforme ne s’appliquerait qu’aux nouveaux entrants.

Voilà.

Donc ça, on abandonne.

Il y a toutes possibilités de faire les choses. Il y a la possibilité de regarder si on fait les choses tout de suite, si on les fait avec un peu de délai, on s’adapte aux métiers, en particulier pour les petites retraites, les gens qui touchent 400, 500, 600 euros par mois, il faut qu’ils puissent monter à 1000 euros, il faut qu’on respecte évidemment ceux qui étaient dans les régimes spéciaux pour regarder avec eux quel est le délai, de respect pour eux, de respect pour leur métier, pour qu’on passe, mais pas qu’on dise que c’est seulement pour les nouveaux entrants sur le marché du travail.

Alors, vous dites qu’il n’y a pas de flou, mais si, le problème, justement, c’est toute l’ambiguïté, c’est qu’on ne connaît toujours pas, précisément, le texte de la réforme.

C’est vrai.

Ça ajoute à l’anxiété, les gens ont peur du coup !

Mais je comprends, mais vous savez, aujourd’hui, d’abord, si on met un texte sur la table, en disant « c’est ça et pas autre chose », ce n’est pas une façon de gérer de façon moderne la vie politique aujourd’hui. Il faut qu’on laisse des choses à la discussion. Est-ce que la réforme s’applique aux gens qui sont nés en 63, en 64 ou en 65 ? Est-ce qu’il faut que l’on travaille jusqu’à 63, 64, 65 ans ? Les Français ne sont pas bêtes, en 1980, on travaillait jusqu’à 65 ans…

Donc vous êtes en train de nous dire qu’on va travailler plus longtemps ?

Je crois qu’il faut qu’on travaille plus longtemps et qu’on se le dise ! Alors, dans certains métiers, il faudra qu’on travaille un peu moins et moi je pense qu’il y a quelque chose qu’il faut mettre sur la table, avec les syndicats, c’est la question de la transmission. Vous savez, quand on arrive à 55 ans, on est au summum de sa carrière professionnelle, de sa compétence professionnelle, mais on n’est pas au summum de ses capacités physiques. Et bien à partir de 55 ans et en se disant qu’on travaillera peut-être jusqu’à 63, 64 ans, ce qui n’est pas un drame non plus,

Mais donc on travaillera plus longtemps

Et bien on peut peut-être une heure de moins, deux heures moins, dix heures de moins dans la semaine, ne serait-ce que pour transmettre sa compétence. D’abord parce que la France, c’est une économie de compétences et on doit maintenir cette compétence, et puis c’est une question de respect pour les personnes, on ne leur dit pas « maintenant vous partez à la retraite », on veut plus entendre parler de vous, au contraire il faut qu’ils transmettent aux plus jeunes de notre pays.

Je reviens à l’idée de « pas d’affrontement » et en même temps on voit le Président de la République, on voit Agnès Buzyn, qui disent que les régimes spéciaux sont d’un autre temps, que les revendications sont corporatistes, que la mobilisation c’est pour conserver les inégalités, c’est jeter de l’huile sur le feu tout ça.

D’abord, je crois que c’est assez vrai que la mobilisation du 5 décembre est faite pour que la réforme ne se fasse pas. Et ceux qui poussent le plus pour que la réforme ne se fasse pas, c’est ceux qui y ont intérêt aujourd’hui. Vous savez, quand on travaille à la SNCF ou à la RATP, on retrouve vraiment des gens qui ont une très grande compétence, qui ont une vraie conscience professionnelle. Et ce n’est pas manquer de respect à leur métier que de dire qu’on doit tous aller, converger vers le même système, parce que les Français ressentent très profondément les injustices dans ce pays et c’est bien que la France soit rétive à l’injustice. Au fond, quand vous, vous prendrez votre retraite, ce n’est pas l’impôt des Français qui en paiera une partie. Et bien il y a un certain nombre de métiers où c’est l’impôt des Français qui en payent une partie.

C’est les régimes spéciaux, disons-le clairement…

C’est les régimes spéciaux, et dans le respect pour eux, et probablement avec délai, on peut négocier les choses, mais nous dire qu’on va continuer comme ça, qu’on fera la clause du grand-père et moi qui ai quatre enfants à la maison, qu’il y en a deux qui sont déjà dans le marché du travail et deux qui vont y rentrer ensuite, deux seront dans le régime actuel, qui est injuste et les deux autres, ensuite, rentreront dans un nouveau système plus juste, ça, je ne peux évidemment pas l’accepter.

Alors la journée d’action du 5 décembre s’annonce massive, la SNCF, la RATP, presque tous les syndicats mais aussi les avocats, les hospitaliers, des grèves reconductibles, ça va être le blocage. Qu’est-ce que vous allez faire ? Parce qu’il n’y a pas que le 5 ! Si ça continue le 6, le 7, etc., le pays est bloqué. Vous faites quoi ?

Bien sûr, mais le 5 peut aller jusqu’au 25, très bien. A la fois, il faudra discuter, parce que cette réforme, il faut la faire. Au moins qu’on se mette d’accord là-dessus « est-ce qu’on se met d’accord sur le fait que ce système est injuste ? »

Mais ce n’est pas plus simple de l’abandonner ?

Il ne faut surtout pas l’abandonner. Si on l’abandonne, on abandonne tout esprit de réforme dans ce pays, et tout le monde sait qu’on a besoin de transformer notre pays. Mais il faut aussi qu’on fixe des perspectives. Il n’y a pas que le système des retraites. Il y a toutes les autres transformations dont le pays aura besoin. Et il faut surtout qu’on lutte contre les inégalités et qu’on se dise, c’est la raison pour laquelle nous avons proposé avec nos amis centristes une conférence sociale, c’est comment on va mieux lutter contre les inégalités et en particulier les inégalités salariales dans notre pays.

Un peu plus concrètement, c’est quoi cette conférence sociale ? Donc c’est vous, effectivement, qui l’avez proposée avec Jean-Christophe Lagarde, avec les sénateurs centristes, mais on fait quoi, on discute de quoi ?

On discute, on parle d’un constat simple. Depuis 10 ans, la rémunération du capital a augmenté sept fois plus vite que la rémunération du travail. C’est injuste. Et donc on a plein de leviers aujourd’hui : quand une entreprise gagne de l’argent, on peut utiliser la participation, on peut utiliser l’intéressement, on peut utiliser l’actionnariat salarié et c’est ça avoir une politique salariale moderne. Pour que progressivement, le travail remonte dans la rémunération du capital. Parce que tout ça, c’est de l’argent, et c’est important, on a vécu une crise du pouvoir d’achat il y a un an qui était majeure avec les gilets jaunes, mais ce n’est pas que de l’argent, c’est aussi la reconnaissance du travail de chacun. On ne peut pas se lever le matin, en se disant qu’encore une fois, on va gagner toujours assez pour payer des impôts, mais toujours trop pour avoir des aides. Il faut que le travail soit mieux rémunéré dans ce pays. Et c’est ça la conférence sociale. Et c’est ça la perspective qui nous permet d’en sortir. Parce que même si l’économie va mieux aujourd’hui, même si le chômage baisse, même si on a une croissance meilleure que les autres pays en Europe, le malaise social est toujours là. Parce que le malaise, ce n’est pas seulement que non seulement on se sent dans un pays qui a un peu redémarré, qui a retrouvé une dynamique, c’est aussi ce sentiment que quand il y a un peu plus d’argent, ce sont seulement quelques-uns qui en profitent.

Pour l’instant, le Gouvernement ne semble pas intéressé, il ne donne pas suite à votre proposition.

Ah le Gouvernement a regardé de façon attentive ce que nous proposions

C’est une façon polie de dire « ça ne nous intéresse pas »

Alors je veux bien prendre le pari devant vous Gérard Leclerc, d’abord parce que quand il y a trois présidents de groupe à l’Assemblée nationale et au Sénat qui représentent 120 parlementaires, en général, quand ils formulent une idée, forcément on a tendance à écouter. Et puis, on est dans le moment des retraites, on va être ensuite dans le moment de l’économie circulaire, parce que la transition écologique, c’est toujours quelque chose qui doit nous occuper, mais moi je veux bien prendre le pari sur le fait que dans l’année 2020, on doive construire un projet social et civique nouveau pour ce pays, et ça passera par la reconnaissance des salariés.

J’en reviens, un instant, sur la grève, Bruno Retailleau propose un Service Minimum Garanti, la possibilité de réquisitionner les grévistes, notamment dans les transports publics. Bonne idée ?

Moi je n’aime pas les diversions. D’abord, c’est une loi qui a été faite en 2007, qui a été révisée en 2012, c’était une idée de Nicolas Sarkozy, c’est bien que Bruno Retailleau se rende compte quelques années après que finalement ça n’a pas marché et pourtant Dieu sait qu’on en a entendu, et avec des formes de provocation… Voilà, ce n’était pas très respectueux pour la représentation syndicale de ce pays.

Donc vous pensez que ça ne marchera pas ?

Moi je pense aujourd’hui que Bruno Retailleau doit nous dire s’il est d’accord ou non avec la nécessité d’une réforme des retraites. Parce qu’il sait bien qu’on ne va pas voter une loi en 3 jours pour régler le problème du 5 décembre.

Les violences conjugales, une quarantaine de mesures qui ont été annoncées, suspension possible de l’autorité parentale, des centres de prise en charge des conjoints violents, etc. 360 millions, mais les associations paraissent déçues, le Gouvernement a raté le coche, dit Caroline de Haas.

On reçoit rarement de félicitations de la part de Mme de Haas, donc ça me parait assez logique. Au fond, mais moi je veux bien lui donner raison. On n’en fait jamais assez, de toute façon pour la lutte contre les violences conjugales. J’aimerais qu’elle reconnaisse que ce gouvernement a été le premier à regarder les choses en face. Et aujourd’hui, effectivement, ça fait remonter des revendications et ça fait remonter, enfin, une confiance dans le pays. Mais, l’objectif ce n’est pas 1 milliard. L’objectif, c’est 66 millions. 66 millions de Français. Il faut que les 66 millions de Français, aujourd’hui, se disent « c’est non, c’est stop », on peut plus aller dans la violence conjugale. Et ça commence à l’école, et on investit dans l’école, dans le plan du gouvernement et ça passe par les voisins, qui ne doivent pas fermer les oreilles, les collègues, qui ne doivent pas fermer les yeux. Et donc c’est une mobilisation financière mais c’est aussi une mobilisation populaire qu’il nous faut contre les violences conjugales.

La journée d’action des syndicats étudiants contre la précarité… C’est un problème ?

Je crois qu’il faut être à l’écoute des étudiants. Nous sommes le pays d’Europe qui donne effectivement le plus d’aides aux étudiants, mais y’a des formes de mal-être qui existent. Moi, ça fait très longtemps que je pense, aux côtés de François Bayrou, que nous n’avons pas suffisamment d’accompagnement psychologique. Dès le collège. A l’école et ensuite chez les étudiants. Les étudiants aujourd’hui, parfois c’est un problème d’argent et parfois c’est un problème d’orientation ou c’est un problème de désorientation personnelle. Il faut pouvoir les accompagner. Vous savez c’est très compliqué quand un étudiant est à 200 Km de chez lui, qu’il n’a pas d’amis, qu’il est isolé, de se sentir mal. Donc bien sûr qu’il faut toujours faire attention et accompagner socialement, mais je pense que, de temps en temps, le fait de mieux les entourer, de mieux les écouter, ça peut nous permettre d’éviter des drames comme ceux qu’on voit en ce moment.

Les municipales ! Il y a des tensions avec la République en Marche dans un certain nombre de villes : à Paris, à Bordeaux, à Clermont-Ferrand, etc. Il y a des divisions, il y a même des dissidences chez vous et puis parfois vous faites alliance avec les Républicains, d’autres fois avec les socialistes, on n’y comprend plus rien. C’est ça le centrisme ?

Non, le centrisme, comme vous le savez, c’est l’espace politique le plus éloigné des extrêmes, ça c’est déjà une très bonne définition, en soi. Et ça veut dire qu’on peut travailler avec les uns ou avec les autres, tout simplement parce qu’aux Municipales, on ne regarde pas les étiquettes. Et oui, on peut être avec Rebsamen à Dijon et avec Florian à Bordeaux, l’important ce sont les personnes, et ce sont les projets de territoire, c’est comme ça qu’on a mis en place notre boussole.

A Paris, Benjamin Griveaux, vous avez toujours des doutes ? Comme François Bayrou ?

Moi je pense qu’il faut aujourd’hui regarder les projets, justement. Et aujourd’hui, on voit que Benjamin Griveaux a présenté beaucoup de projets, qui sont assez solides, qui sont en train de le faire s’imposer dans les sondages face à Anne Hidalgo.

Cédric Villani, ça peut être un bon candidat ?

 Moi j’ai beaucoup de respect pour Cédric Villani aussi, à Paris il faut un rassemblement de la République en Marche, faut que les deux candidats arrivent à se mettre d’accord, il faut évidemment un rassemblement avec le MoDem qui est le deuxième pilier de la majorité, mais il faudra que ce rassemblement aille plus loin, et à gauche et à droite, tous ceux qui veulent changer Paris et donc qui veulent changer de maire de Paris, soient capables de se mettre ensemble.

Et donc, se mettre derrière Benjamin Griveaux ? C’est ce que vous nous dites ?

Pour l’instant les instances du MoDem ne se sont pas prononcées, il faut aller derrière celui qui voudra changer les choses à Paris, et de ce point de vue-là, faudra écouter ce que propose Marielle de Sarnez, qui est une très fine connaisseuse de la Ville de Paris.

On termine rapidement avec les États-Unis, Bloomberg se lance dans la bataille pour la Maison Blanche, contre Donald Trump. Deux septuagénaires new-yorkais et milliardaires. Ça dit quelque chose sur la démocratie ça, non ?

Et bien ça dit que j’aime beaucoup la France. Parce que, finalement, on a un très jeune président, qui a fait élire toute une nouvelle génération à l’Assemblée nationale, je préfère que le monde politique ne soit pas celui du fric et de l’âge.

Ça ne vous interpelle pas ?

Oui mais, vous savez, aux États-Unis, le financement politique est autorisé par les entreprises. En France, on a supprimé ça il y a bien longtemps. Je pense que c’est une bonne nouvelle, il faut que tout le monde puisse partir sur la même ligne de départ et qu’on aille même un peu plus loin, un jour il faudra réactiver la banque de la démocratie, pour que quiconque, même s’il n’a pas le sou, puisse être candidat aux élections.

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