Patrick Mignola, invité de l'AJP, le 15/05/19

Patrick Mignola, invité de l'AJP, le 15/05/19

Patrick Mignola, invité de l’AJP, le 15/05/19

Mercredi 15 mai 2019, Patrick Mignola, Président du groupe Mouvement Démocrate et apparentés et député de la Savoie, a répondu aux questions des membres de l'Association des Journalistes Parlementaires au cours d'une conférence de presse.

Elections européennes, crise des gilets jaunes, rôle du Parlement et évolution du rôle des députés, place du MoDem au sein de la majorité...

Retrouvez ci-dessous quelques verbatim :

Europe et élections européennes

"L’Europe est assumée par la majorité comme une condition de la réussite du projet que nous portons pour la France".

"Je ne crois pas à une grande vague populiste qui déferlerait demain sur le parlement européen. Mais je crois plutôt au risque d’avoir une sorte d’internationale populiste en Europe et que chaque pays se délite et bascule dans des scénarios à l’italienne".

"Comment peut-on autoriser, quand on est l’Europe, les passeurs, à faire des arbitrages entre les législations nationales ? Ce n’est pas digne de nous. Donc c’est là-dessus qu’il faut qu’on avance. Il faudra qu’on partage une vision commune sur ce que sont les réfugiés et réfléchir à ce que sont des quotas de migrants économiques. Ce n’est pas populaire, mais ça parait une évidence. En faisant la politique de l’autruche, on ne peut que nourrir l’immigration irrégulière. Il faut affronter les situations pour les régler".

 

Grand débat national et gilets jaunes

"Je suis très heureux d’avoir retrouvé dans les propos du Président de la République une mesure qu’on avait portée à l’Assemblée nationale au moment de l’augmentation de la CSG pour les retraités. Nous avions proposé qu’elle se fasse progressivement, sur une pente assez douce, pour ne pas avoir un effet cliquet. Nous considérions que les retraités à 1300 euros par mois n’étaient pas des nantis. Le Président de la République a fait un choix qui est allé au-delà encore de ce qu’on avait proposé à l’époque, je crois que c’est heureux".

"Les gilets jaunes, ça a été un symptôme très fort du fait que, dans ce pays, on paye trop d’impôts, c’est vrai.

C’était ensuite un symptôme d’une France oubliée. Celle qui travaille et qui ne s’en sort pas, et qu’on a rejeté à l’hyper périphérie des villes. A force de ne pas vouloir densifier les villes, on les a repoussé et condamné à payer beaucoup de fiscalité et à prendre la bagnole tous les jours.

Un troisième signal, probablement ce qui fait qu’il y a encore des gilets jaunes sur les ronds-point, c'est qu'il y avait une grande solitude et qu’ils ont recréé des liens sociaux. Donc, je ne leur dis pas de rentrer chez eux. S’ils ont recréé des liens, et bien qu’ils les revivent ainsi. Après tout, ce n'est pas plus bête de mettre des gilets jaunes et se retrouver sur la place du marché à Chambéry que de devoir créer du lien social en allant au supermarché le samedi"

"La France, c’est le pays de l’égalité. Et il faut qu’on lui redonne sens. Pas l’égalité pour que tout le monde, quelque soit son effort ou quelque soit son mérite, ait la même égalité matérielle. Je crois que le beau mot d’"égalité" a été abîmé par toute une partie de la gauche, dans ce pays, pendant des années, trop attachée à l’égalitarisme. L'égalité, c’est de pouvoir se dire : ce n'est pas toujours la loi du plus fort qui décide. Or, quand on travaille, dans ce pays, même si on a une augmentation, on a quand même le sentiment qu’il y en a toujours d’autres qui en profitent un peu plus. Quand l’agriculteur travaille, même quand sa situation est meilleure, elle est encore meilleure pour le distributeur. Ce qu’on veut demain, c’est que chacun soit rémunéré selon son effort, à hauteur de son mérite, en respectant son travail. Et pas que, systématiquement, la loi du plus fort s’applique, la loi du plus grand capte la valeur que vous avez créée, c’est un projet de société qui est assez original pour la France et pour l’Europe et qui n’est pas partagé par les autres puissances dans le monde."

 

Territoires

Sur les 80km/h : "Je suis de ceux qui poussent l’idée qu’il faut confier ça à la responsabilité des présidents de départements. Je pense qu’au fond, c’est une polémique un peu vaine. J’ai été élu local. Quand un élu local subit sur sa commune un accident sur un passage à niveau, pour un mort, il demande à fermer le passage à niveau. On peut considérer que les élus locaux sauront mieux si on met une route à 80 ou à 90 km/h, mais je vous prends le pari qu’au premier mort, on redescendra tous à 80 km/h. En matière de sécurité routière, c’est insupportable pour un Français que ce soient les autres qui décident pour tous. Mais quand vous sortez d’un stage de récupération de points de permis, vous comprenez assez bien de quoi le Premier Ministre voulait parler".

"Je souhaite ardemment que dans la réforme constitutionnelle qui va revenir, on puisse parler de différenciation terrritoriale. Ca a l’air d’être un mot un peu techno, mais d’être en capacité d’appliquer des normes, d’appliquer une organisation territoriale qui est différente selon les territoires, je pense que ça peut changer énormément de choses".

 

Rôle du député et réforme du règlement de l'Assemblée

"La loi NoTRe, c’est la loi qui a mis le plus de migraine aux maires sur le terrain. Et pourtant, elle avait été votée à l’Assemblée et au Sénat par des parlementaires qui cumulaient des mandats locaux. Donc il y avait une forme de schizophrénie un peu maladroite. Le fait de ne plus avoir de mandats locaux doit nous obliger à réinventer le rôle du député. En plus de faire la loi et de contrôler le Gouvernement, on doit aussi inventer notre rôle en matière de démocratie participative, je dirais même plus interactive que participative.

Et puis une chose qu’il faut faire, qui fait partie du contrôle du Gouvernement, c’est le contrôle de l’application de la loi. Je suis révolté que les lois qu’on a votées depuis 2 ans, ne soient pas toujours appliquées. Les députés doivent aller sur le terrain et convaincre les syndicats, les représentants des organisations professionnelles, de mettre en œuvre ces grands changements. Au fond, un des discrédits politiques, c’est ça aussi. C’est qu’on vote des trucs ici et que ça se met jamais en place sur le terrain".

"J’ai fait une proposition, c’est qu’on puisse aussi, au terme de ce règlement intérieur, s’il est mieux appliqué, si on est mieux organisé et si ce parlement est plus fort, qu’on supprime les séances de nuit. J’ai l’habitude de dire, dans mon entreprise, que si on fait trop d’heures sup et qu’on est obligé de travailler la nuit, c’est qu’on est mal organisé. Nous en sommes un bel exemple. Et cela donne l’impression à nos concitoyens que l'on essaye nuitamment, dans leur dos, de voter des trucs qui leur sont défavorables. Donc si nous pouvions revenir à une organisation normale, la vie courante de toutes les entreprises, de toutes les associations, où on travaille bien plus la journée, de façon bien mieux organisée et qu’on ne travaille plus la nuit, parce que ça sert à dormir et à réfléchir, je pense qu’on aura déjà fait un grand pas".

 

Déficit public

"Vous avez deux façons de réduire le déficit public. Soit vous baissez drastiquement la dépense, soit vous augmentez le PIB. Si ce pays produit plus, s’il se réindustrialise, s’il continue de créer des emplois, vous aurez des rentrées fiscales vous permettant mathématiquement de baisser le déficit public. En gros, il vaut mieux augmenter le dénominateur que s’acharner à vouloir baisser le numérateur".

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