Patrick Mignola, invité sur France Culture, le 24/10/19

Patrick Mignola, invité sur France Culture, le 24/10/19

Patrick Mignola, invité sur France Culture, le 24/10/19

Patrick Mignola, président du groupe, était invité sur France Culture, ce jeudi 24 octobre, afin de s'exprimer sur l'entrée en vigueur, aujourd'hui, de la loi sur le droit voisin au profit des éditeurs et agences de presse, dont il est le rapporteur.

France Culture : Vous êtes député MoDem de Savoie, vous avez été le rapporteur en France de la loi qui a instauré ce droit voisin. Les éditeurs de presse appellent à une contre-attaque des pouvoirs publics. Quelle contre-attaque est possible aujourd’hui ?

Patrick Mignola : Ils ont parfaitement raison parce qu’il faut qu’il y ait une mobilisation générale. Je suis très heureux et je les félicite, que tous les éditeurs de presse, les agences de presse, les journalistes, les photographes, se soient retrouvés entre eux, sans la moindre concurrence, et avec un seul objectif : celui, effectivement, d’appliquer la loi. Ils doivent savoir, même si je suis député MoDem, que tous les mouvements politiques – cette loi a été votée à l’unanimité à l’Assemblée Nationale et au Sénat – sont à leurs côtés.

Il y a forte impression d’impuissance de la part des éditeurs de presse, pour l’instant en tout cas, qui ont tous accepté de renoncer à leurs droits face à Google. Alors, c’est compréhensible, de peur de perdre une grande partie de leur audience, mais aussi des pouvoirs publiques. On vous expliquait que cette loi, adoptée à l’échelle de tout le continent européen, allait permettre d’instaurer un rapport de force face à Google. Pour l’instant, cela ne marche pas. Qu’est-ce qu’il est possible de faire ? Quelle est la réponse que vous souhaitez des pouvoirs publics ?

P.M : C’est maintenant que le rapport de force se joue. On a Google qui est en abus de situation dominante et qui dit qu’il est prêt à reconnaitre qu’il existe un droit voisin. C’est-à-dire, une utilisation du travail qui est faite par les journalistes sur internet, si et seulement si, la presse et les journalistes, renoncent à exercer ce droit. C’est un peu comme si un chef d’entreprise reconnaissait que vous avez le droit à un congé payé, si et seulement si, vous ne prenez pas de vacances. Voir, que vous avez le droit à un salaire, si et seulement si, vous renoncez à le toucher.

Donc nous avons prévu dans cette loi, que si personne ne voulait négocier, ou négocier en tordant le bras de la presse, c’est à la puissance publique, en l’occurrence au ministère de la culture, de convoquer l’ensemble des partis en présence. C’est la première initiative qu’il faudra prendre dans les semaines qui viennent. Il y a d’autres initiatives qui peuvent être prises. D’abord la saisie, des instances européennes. C’est ce qu’a fait la presse ce matin sur l’autorité de la concurrence, sur l’abus de la position dominante. Je crois aussi qu’il faudra qu’on soit en capacité de démonter les Trust. Aujourd’hui Google, mais même au-delà, l’ensemble des GAFA se permettent de s’affranchir de la loi tout simplement parce qu’ils sont en situation de surpuissance. On ne peut pas à la fois mépriser la presse et l’ensemble des démocraties qui pourtant leurs ont permis de fleurir et de prospérer sans qu’il y ait de sanction. C’est à nous d’organiser un système de sanction, exactement comme nous l’avions fait sur les impôts lorsqu’ils décidaient de ne pas en payer.

Le démantèlement des GAFA, est notamment un des thèmes de la campagne présidentielle aux Etats-Unis. On parle de Google dans cette affaire depuis un mois et le moteur de recherche a changé ses conditions d’utilisation. Mais assez peu de Facebook, qui est pourtant important aussi dans le marché publicitaire. Est-ce que cela veut dire que ce réseau social est plus coopératif ?

P.M : Pour le moment, Facebook ne s’est pas exprimé. Mais, je voudrais rappeler, s’agissant de Facebook et de tous les réseaux sociaux en général : Au-delà de la vente de publicité, qui est autant de publicité que la presse n’a plus, il y a également l’exploitation des données personnelles pour mieux cibler ladite publicité et ce sont, finalement, deux grandes sources, que, vous, journalistes, et que l’ensemble de la presse française, leur apportent. Selon qu’on écoute France Culture ou qu’on lit l’Equipe, on va être profilé par Facebook ou les autres réseaux sociaux. Et la publicité sera vendue d’autant plus chère parce qu’on aura ainsi été profilé. Donc, tout le travail qui fait par la presse démocratique en France et partout dans l’Union européenne, permet à ces entreprises, non seulement de toucher de la pub, mais également d’exploiter l’ensemble des données personnelles. Je pense que sur le sujet des données personnelles et de la protection de la vie privée, sur le sujet de l’abus de position dominante par les grands Trust que sont devenus les GAFA et tout simplement sur le principe démocratique, même une grande entreprise doit appliquer la loi ! Et la loi, ce n’est pas la loi du plus fort. Nous pouvons résister à Google et à Facebook.

Une dernière question sur ce sujet, quel est le montant de la rémunération que Google pourrait reverser à la presse ? Est-ce que l’on a un ordre d’idée ?

P.M : Je considère que s’agissant d’un droit qui n’est pas un droit culturel, qui serait le droit d’auteur, mais un droit économique, il faut que ce soit la négociation qui ait sa place. Il y a des grands investissements qui sont réalisés bien évidemment par ces plateformes et ces hébergeurs. Il y a des grands investissements qui sont réalisés par la presse. Cela est forcément une négociation d’équilibre entre les deux. Les revenus publicitaires, en France, générés sur internet, sont de trois milliards. Les GAFA, c’est l’homme qui valait trois milliards. Lorsque François Hollande a négocié un fond Google, pour l’ensemble, du continent européen en 2016, c’était 250 millions. De 250 millions à 3 milliards, je pense qu’un bon équilibre doit être trouvé pour que la presse vive dans ce pays, et pas seulement survivre !

Patrick Mignola, quelques questions politiques sur ces derniers jours, on a appris ce matin, le nouveau choix d’Emmanuel Macron pour la commission européenne. Vous dénonciez au MoDem, le choix de Sylvie Goulard. Thierry Breton, alors, bon choix, cette fois-ci ?

P.M : Ce n’est pas qu’on le dénonçait… On ne va pas faire de langue de bois !

Vous ne le félicitiez pas…

P.M : On n’était pas très attaché à la candidature de Madame Goulard parce qu’on la connaissait. Elle était passée par le MoDem où elle avait obtenu un poste de député européen pour ensuite quitter le parti… Donc on n’appréciait pas tellement ce genre de chose. On s’en est remis depuis.

Et Thierry Breton, un bon candidat de remplacement ?

P.M : Le choix de Thierry Breton, surtout, est le choix d’un capitaine d’industrie. C’est le choix de quelqu’un qui a déjà réussi. C’est le choix de quelqu’un qui connait le numérique et relativement au sujet qu’on évoquait à l’instant, c’est très intéressant, d’avoir un commissaire européen qui connait parfaitement le monde du numérique pour pouvoir faire rentrer en démocratie, en état de droit, les GAFA. Au-delà, je pense qu’à la différence de Sylvie Goulard, effectivement, c’est une personnalité qui n’était pas inquiétée. Je suis personnellement très attaché à la présomption d’innocence et en l’occurrence, madame Goulard pourra se défendre et défendre son honneur. Parce que même si on n’apprécie pas une personne, il faut savoir la respecter. En revanche, Thierry Breton n’ayant jamais été inquiété, j’espère qu’il pourra être confirmé par les parlementaires européens.

L’avenir nous le dira. Sur la réforme des retraites, François Hollande disait hier, « Cela fait deux ans qu’Emmanuel Macron parle de cette réforme dont on ne voit pas le début d’une négociation. », vous lui répondez quoi ?

P.M : Lui, n’en a pas parlé pendant 5 ans ! Et surtout, il faut regarder l’avenir. Peu importe, si François Hollande, continue à se signaler à l’opinion publique à période régulière. Il peut envoyer toutes les cartes postales qu’il veut ! On souhaite avant tout faire la réforme des retraites.

La bataille s’annonce longue et douloureuse quand même !

P.M : Surtout le sujet, est un sujet majeur. Cela fait trente ans qu’on le connait. Cela fait trente ans que l’on sait que nos enfants n’auront pas de retraites si on n’est pas en capacité de réformer ce système et que globalement, la société ne pourra pas se réconcilier si on continue à faire cohabiter un régime général, des régimes autonomes, des régimes spéciaux… Il faut respecter celles et ceux qui aujourd’hui disposent de retraites différentes pour les faire converger dans le temps, et dans le long temps. On n’est pas là pour faire des économies mais plutôt de la justice ! Surtout à travers la réforme des retraites, il faut qu’on se pose la vraie question de société qui est devant nous : notre rapport au travail, et notre rapport de la fin de la vie au travail. A partir de 55 ans, s’il nous reste 7, 8, peut-être 10 ans, selon les métiers à travailler encore, comment pense-t-on la transmission ? Comment pense-t-on le fait qu’on est au plus au niveau de l’expérience dans sa vie professionnelle mais qu’il nous faut la transmettre ? L’idée de la transmission, l’idée de la fin de carrière professionnelle quand on est très solide intellectuellement, très expérimenté professionnellement et moins solide physiquement. C’est cela le vrai projet de société. On prendra le temps qu’il faudra mais on y arrivera.

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